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30 octobre 2009 : les "jiho" du marié (the end : renversement de situation)




21 octobre 2009 : les "jiho" du marié (8 : la course aux sponsors)

Un organisateur d’évènement ne met jamais le nez dehors sans ses sponsors officiels. Comme on est sage (et qu’on a le nez sensible) on a fait comme lui, et on s'est entouré de tout un tas de gens pour faire le travail à notre place (organisation, équipement, transport....). Et à trois jours de la remise des médailles, en profite pour les remercier, car ils le méritent. Merci donc :

1° Au réseau de témoins de la mariée, sans qui les gens auraient galéré pour organiser leur voyage, réserver leurs billets de train, savoir où est la région PACA, se déplacer en région PACA et, espérons le, arriver à l'heure au cocktail.



2° A la SNCF, qui par son magnifique mouvement de grève va lancer un peu d'incertitude passionnée dans cette organisation millimétrée et permettre aux coeurs valeureux de nos invités, coincés entre Bourg La Reine et Sisteron à deux heures de l'échéance, de souffler un peu avant la grande parade.



3° A mon prof de sport, qui n'a jamais réussi à me faire lancer le moindre objet droit, mais qui a bien fait parce que bon, normalement, je n'en aurai pas besoin...moi!




4° Et à Surcouf, qui lance des campagnes de pubs qui sonnent formidablement justes, mine de rien.



Place au sport!



19 octobre 2009 : les "jiho" du marié (7 : concours de pompes à j-3)


Réaction à chaud du lauréat arrivé au bureau : et meeeeeeeeeeeeeeeeeerde!!!! (victoire par ko du jeu des sept erreurs)


23 septembre 2009 : Monopole de l’avocat : mais pourquoi tant de haine (putain de bordel de merde) ?

C’est incroyable comme une simple petite « communication » du Conseil National du Barreau, faite dans le meilleur intérêt général évidemment (qui aurait pu en douter ?) peut provoquer simultanément rire et colère et raviver de vieilles rancunes.

En cause dans cette communication (disponible ICI), histoire de varier un peu, la loi… « HADOPI » (deuxième du nom). Cette pauvre loi qui n’aura décidément pas eu de chance à la naissance (découpage, reports, démembrement…), et qui ne risque malheureusement pas d’en avoir plus dans sa vie, tant elle souffre encore de handicaps lourds.

Source du présent cyclone, l’article premier de la loi précitée qui disposerait que, lorsqu’un vilain contrefacteur potentiel fait l’objet d’une enquête par les personnes dépositaires de pouvoir judiciaire (les agents HADOPI quoi), celui-ci peut être assisté.

Pas de problème sur le principe, mais gros conflit sur les modalités de cette assistance. Car le conseil du barreau a bien noté que l’article avait dévié d’une assistance organisée par un « avocat » à une assistance réalisée par un « conseil ». Inacceptable atteinte au monopole juste et indispensable des avocats, laissant penser que l’internaute pourrait faire appel à son beau frère plutôt qu’à Maître Gilbert Collard.

Le barreau ne se retient donc pas de se rappeler du régime de monopôle accordé aux avocats, via le sacro-saint article 4 de la loi du 31 décembre 1971, qui précise :

Nul ne peut, s'il n'est avocat, assister ou représenter les parties, postuler et plaider devant les juridictions et les organismes juridictionnels ou disciplinaires de quelque nature que ce soit, sous réserve des dispositions régissant les avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation et les avoués près les cours d'appel.

Les dispositions qui précèdent ne font pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires spéciales en vigueur à la date de publication de la présente loi et, notamment, au libre exercice des activités des organisations syndicales régies par le code du travail ou de leurs représentants, en matière de représentation et d'assistance devant les juridictions sociales et paritaires et les organismes juridictionnels ou disciplinaires auxquels ils ont accès.

Un monopole pour tout ce qui concerne actions contentieuses, sauf disposition législative préexistante à la loi et évidemment dans le respect du travail des amis de toujours, les (feus) avoués et les avocats près de la Cour de cassation.

Une rédaction évidemment peu appréciée par le juriste « se base », sans ami ni statut, qui ne tiendra son salut qu’aux principes de représentation libre devant certains tribunaux (le tribunal de commerce ou le tribunal d’instance notamment, sous réserve de la possession d’un pouvoir spécial) et à l’article 58 de la loi précitée selon lequel :

Les juristes d'entreprise exerçant leurs fonctions en exécution d'un contrat de travail au sein d'une entreprise ou d'un groupe d'entreprises peuvent, dans l'exercice de ces fonctions et au profit exclusif de l'entreprise qui les emploie ou de toute entreprise du groupe auquel elle appartient, donner des consultations juridiques et rédiger des actes sous seing privé relevant de l'activité desdites entreprises.
Troupeau d'avocats monopolistiques, guettant le client pirate et attendant le bon moment pour lui tomber dessus.
Sauvé in extremis donc, même si le monopole donné au Tribunal de Grande Instance pour tout ce qui concerne la propriété littéraire et artistique et la propriété industrielle, ainsi que les récentes propositions du rapport Darrois sur la création du statut/monopole d’avocat en entreprise ne sont pas là pour lui faciliter la tâche. C’est la dure loi de David et Goliath.

Mais pourquoi donc tant d’acharnement en ce qui concerne cette assistance face aux quenottes faussement acérées de la HADOPI (haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) ? Parce que c’est important pour le bien du citoyen.

Car le barreau en est convaincu : outre l’atteinte au monopole (argument secondaire de la façon dont son rapportés les faits dans les différents journaux), cette possibilité d’assistance large face à l’HADOPI constituerait un frein et un net recul dans le respect et l’application efficace des droits de la défense, face à une incrimination pouvant mener à terme à 3 ans de prison et 300 000 euros d’amende. Car il ne faudrait pas que le pauvre internaute en arrive à être défendu par un mauvais juriste plutôt que par le sacro-saint et indéfectible corps des avocats.

Et tant pis si les frais d’avocats sont finalement plus élevés que la peine finalement infligée par le juge. Le droit à la défense n’a pas de prix et l’aide juridictionnelle est là pour légitimer le monopole sans trop fâcher les plus démunis...ces gros râleurs.



22 septembre 2009 : points stats

Comme le font déjà beaucoup d’autres « webmestres », et dans un double objectif de remerciement et d’auto satisfecit, je vais aujourd’hui céder à la tentation de diffuser quelques stats concernant la fréquentation du site. Car cela vaut le détour.

Et question détour, c’est présentement le camembert de répartition géographique des visiteurs directement issu de la console free (dont tous les droits sont réservés, pas touche sinon tu meurs etc…) qui a la palme, comme vous pourrez le constater ci-dessous. Preuve que le bazar a une vocation internationale qui s’ignore !


Si l’on rajoute que certaines personnes ont pu accéder au bazar en tapant « putin d’accélération » ou « mater un avocat », j’en conclus que le site est sur la bonne voie ! et ça….ça fait plaisir à voir !

Salutations sincères aux visiteurs fidèles donc, bienvenue aux nouveaux et futurs nouveaux, gros merci au site de Ségolène Royal pour me permettre d’apprécier toute l’ergonomie de mon interface (bien que les donations de 40 000 euros soient acceptées, cela va de soi).



21 septembre 2009 : tranche de vie (2) - banque à corps (perdu)

Lui : bonjour Monsieur Ernestin* ?

Moi (ton jovial pensant avoir à faire à un candidat locataire non psychopathe) : oui bonjour !

Lui (voix enjouée) : Monsieur Franck Bernebé* de Croupion Finance et Placement*

Moi (plus trop jovial) : ha, bonjour.

Lui (toujours enjoué, sous hormones?) : je peux vous déranger deux petites minutes ?

Moi : qu’est ce que vous entendez par déranger ?

Lui (enjoué encore. Peut être plus homo que dopé, à bien y réfléchir) : Et bien nous souhaiterions vous poser quelques questions concernant votre épargne, vos souhaits de placement, vos projets d’investissement…

Moi : ho, je vous arrête là, je ne suis pas intéressé.

Lui (ma foi, peut être bi, à la limite mais difficle à dire) : mais comment pouvez vous savoir ?

Moi : je le sais. Vous perdez déjà votre temps, je vous assure c’est inutile. Je vous le dis tout de suite je suis MEFIANT, RADIN et FAINEANT.

Lui (bi mais tenace le calamar, dis donc) : non mais faites moi confiance nous avons tout ce qu’il faut pour vous aider dans votre gestion.

Moi : non je vous assure que…..

Lui (me coupant la parole) :  allez faisons simple : ne me dites pas que vous ne seriez pas intéressé forcément pour un placement à 6% garanti.

Moi : ben non

Lui : ha! mais s’il s’agit d’investir dans du revenu garanti à court terme ?

Moi : ben non.

Lui : mais si c'était du total bénéfice pour vous !

Moi (las) : ben oui mais non.

Lui : du sur mesures, simple à mettre en oeuvre, garanti, spécialement ciblé à votre profil, pourquoi refuseriez vous cette opportunité ?


Mais puisqu'on t'a dit non!!!
Moi : parce que je me méfie de ce genre d’offres faussement aguicheuses.

Lui : mais il suffirait de remplir un simple formulaire et de vous faire une idée !

Moi : oui mais c’est long à remplir un formulaire et puis il faut l’envoyer par la poste et donc le timbrer.

Lui : mais votre banquier peut vous aider à le remplir.

Moi : oui mais un banquier n’écoute jamais ce qu’on lui dit.

Lui : ha parce que vous n’avez pas l’écoute de votre banquier actuellement ?

Moi : ben pas vraiment, mais vous savez, je m’en fiche un peu.

Lui : mais c’est très important pourtant,  il faut changer d’établissement si vous ne leur faites pas confiance !

Moi (trèèèès las) : non mais ce n'est pas le sujet. ça va globalement, et puis ça aussi c’est de la paperasse.

Lui (virant soprane suite à coinçage de sa coucouniette de calamar dans le fil du téléphone) : donc vous me dites que vous n’êtes pas pleinement satisfait de votre banque, mais que vous ne voulez rien changer car vous ne voulez pas remplir un formulaire, même si on vous aide, ni l’envoyer par la poste parce que ça coute un timbre?

Moi : ben heu…mmm…..oui c’est exactement ça.

Lui (hystérique) : mais mossssssieur, pourquoi ça ???

Moi : parce que je suis MEFIANT, RADIN et FAINEANT. Voyez que vous non plus vous n’écoutez pas.

Lui : biippppp, bippppp bippppppp.

Quelle bande d’autistes ces banquiers jte jure.

* le nom de l’appelé et de l’entreprise ont été changés (notez bien que l’autre nom est véritable, témoignage d'un authentique désaveu parental)



15 septembre 2009 : les "jiho" du marié (6 : ping-pong notarial)

Il était désormais temps de s’occuper de la partie juridique de la chose et de mettre sur pied l’indispensable contrat de mariage. Dans ce cadre, pas d’autres alternatives que prendre contact avec monsieur le notaire, alias le gardien des immeubles, le copain des grandes occasions, le champion de la communication grand public et surtout auteur du sacro saint slogan luminaire : « notaire, pour un monde plus clair »©.

Inutile de cacher que j’émettais pour ma part quelques réserves appuyées face à cette profession et à la démarche qui consistait à me rapprochait d'elle. Je détestais depuis longtemps cette grande corporation, de celles (rares) ayant survécu au « coup de balai de justice » de la révolution (ha, la révolution et ses fantasmes de liberté absolue!). Difficile d'invoquer une raison précise à ce désaveu. Peut être la principale était d'avoir été confronté à plusieurs reprises, et toujours déçu, par ce personnage supposément sacré du « notaire ». Une personne généralement grande, mince et austère, préssentant souvent un certain charisme de façade mais rappelant rapidement son attachement pour les « contrats types » et documents standardisants. Surtout, un personnage jargonnant, peu clair et parlant couramment le « zarbien » (cette langue opaque propre aux mauvais juristes et communément usitée pour trimballer le chaland de gauche à droite) pour cacher cet état de fait. Une personne avec laquelle les échanges se faisaient chaque fois brefs et vifs, majeurs mais sempiternellement frustrants. Un peu comme un échange de ping pong, mais avec des billets de 100 euros en lieu et place des balles. Cruelle différence.

J’avais pourtant tort de penser ça, mais je ne le savais pas encore.

Non conscient de mon erreur, je décidais donc d’anticiper cette confrontation, de la préparer au mieux. Quitte à nous lancer dans une aventure épique et incertaine, je mettais à l’ordre du jour une tâche colossale : la rédaction par nous de notre propre contrat de mariage. Rien de moins.

De cette opération, j’attendais évidemment l’atteinte de quelques objectifs :

Un objectif officiel, bienveillant et angélique tout d’abord : celui de faire un état de nos souhaits, formaliser notre entente (ou nos traces de sang), et surtout présenter ça de façon claire au notaire pour « faciliter sa lecture d’homme surchargé », quitte à réutiliser nos clauses (voire notre contrat).

Un objectif culturel ensuite : celui de nous immerger dans la rédaction en zarbien de manière à nous permettre, peut être, de déchiffrer plus facilement les pièges d’un modèle de contrat de notaire en zarbien paléolithique standardisé une fois placés devant.

Et, peut être, un objectif inavouable et pendable : prendre la tête à un notaire, fustiger son rapport à l’argent et son sens du poil de baobab dans la main, et, pour la blague, en obliger un à bosser, pour de vrai. Une pure envie malsaine, antisociale injustifiée donc. Et parfaitement assumée aussi (au nom de la science, qui a toujours bon dos dans ces cas là).

C’est dans cette optique légèrement désabusée que se lançait le chantier du mikado juridique et du polissage de clause, pour finalement aboutir à un petit contrat tout mignon (bien que déjà promis à un funeste dépeçage en règle).

L’œuvre ne main, j’entamais alors la phase 2 de l’entreprise, consistant à envoyer un mail innocent à plusieurs officiers et à leur demander, sur la base du "contrat fourni en pièce jointe", une proposition de prise en charges avec modalités financières. Classique mais implacable méthode d’évaluation. 

Je m’attendais au pire.

Mais voilà plusieurs jours que je relis ces différents retours (inattendus) que mes amis notaires ont bien voulu me transmettre, et qui me font méditer. Morceaux choisis :

N°1 (Marseille) : "oui alors je n’ai pas lu votre contrat mais nous on travaille exclusivement sur nos modèles. Le prix est « tarifé notaire » c'est-à-dire 390 euros. Sinon si vous voulez du sur mesures, évidemment il y a un surplus : au global ça donnera entre 1200 à 1500 euros pour le contrat complet environ, honoraires inclus. C’est comme vous voulez. A vous de voir."

N°2 (Paris) : "oui j’ai pris connaissance de votre contrat. Il y a quelques clauses à aménager car elles me paraissent un peu obscures et pas compatibles avec le droit matrimonial. Sinon pour le prix c’est « tarifé notaires » soit 440 euros quoiqu’il arrive. Il faut compter, si clauses spécifiques, 200 euros HT de l’heure passée. Si vous le souhaitez on peut tout rédiger sur notre modèle, le prix ne change pas. C’est comme vous voulez."

N°3 (près de Paris) : "donc oui j’ai bien reçu votre contrat. Ecoutez moi je le trouve bien votre contrat donc je peux vous le valider en l’état. Le prix est « tarifé notaires », je ne sais pas si vous savez. En l’état, vu sa configuration, la validation coûte donc 550 euros avec tarif valorisation « à la louche ». Passez quand vous voulez."

N°4 (Paris) : "peut pas le prendre mai vous pouvez contactez un confrere. cordialement."

Je médite donc, en proie au doute. Car j’ai bien cru voir apparaître, derrière ces textes, des êtres humains, sensibles et rêveurs, avides de libertés et de reconnaissance et bien différents de ces beaux diables capitalistes que je m'imaginais jusque là. Car oui, à la lecture de ces retours riches de sens, j'ai bien du me rendre à l'évidence, et peux affirmer, sans faillir :

- que oui les notaires sont des citoyens français qui, fidèles à leurs origines, sont tristes de rentrer de vacances en fin de mois d'août avec en prime de gros coups de soleil sur les mains. Mais vraiment gros ces coups de soleil : je veux dire du genre qui vous empêchent de taper un email de réponse valable et sans fautes d'otregraf. Limite grave quoi !

- que oui, les notaires « parisiens » sont des gens raisonnables, qui pratiquent exactement le même prix que les autres et ne sont pas « moitié plus cher » comme de mauvaises langues pourraient le supputer. Ce serait d'ailleurs impossible, puisque les prix sont rigoureusement « ta-ri-fés » via une grille. Si c'est pas gage de sérieux.

- que oui, malgré cette grille, et en dépit de l’image austère et rigide que cette profession pourrait véhiculer, les notaires sont des êtres créatifs, qui aiment développer une doctrine minoritaire quand à la façon de mettre en œuvre les différents tarifs. Frais supplémentaires, honoraires, temps passé, « à la louche »…la langue française est riche, profitons en, rêvons !

- mais que oui, les notaires savent que la doctrine et la flânerie juridique ont leurs limites. Ne venez donc pas réclamer une réduction parce que vous avez rédigé le contrat. Ca serait irrespectueux, clairement.

- que oui, beaucoup de notaires, en bon juristes, aiment leurs modèles de contrat, qui sont nécessairement les meilleurs, les plus clairs, les plus sûrs et les plus adaptés à toute situation, quelle qu’elle soit. Ce n'est pas de l'égo, non, c'est de l'amour du travail bien fait, simplement.

- que oui, certains bénéficient en plus de l'amour sans limite précité, d’un don de voyance reconnu et n’ont même pas besoin de lire d’autres contrats ni de s’enquérir des souhaits de leurs clients pour être convaincus de cette pertinence.

- que oui, certains notaires sont, selon la position du soleil et la police de rédaction du contrat à lire, parfois sujets à conclusions divergentes sur la même clause d’un contrat, preuve s’il en était besoin de l'extrême adaptabilité du neurone notarial.

Autant de points qui ont provoqué une profonde remise en cause. D'ailleurs, enfin remis dans le droit chemin, j’ai même pu choisir mon notaire de mariage, sans trop rechigner. Il m'a promis de s'occuper de mon cas avec toute la rigueur nécessaire, moyenannt quelques billets. Je lui ai donc confié mon contrat, il lui reste à faire son oeuvre. Et tout ira bien, du moins je l'espère.

Dans mon fol espoir, je me dis que j'aurai peut être ensuite l’infinie chance de ne plus avoir besoin de le revoir, et de faire en sorte que cet échange soit le dernier du match. Non pas que sa présence m'ennuie, non. Simple question de ramassage de balles, uniquement. Et dans ce domaine, le divorce doit certainement être épuisant.


Leçon 6 : les classiques français vieillissent mal, en général.


12 septembre 2009 : se loger dans le marais

Je ne suis pas socialiste. J’aime pourtant beaucoup les locataires, promis. La preuve, j’en suis un ! A ce titre, je sais d’ailleurs, peut être mieux que beaucoup de monde, râler, faire des lettres recommandées et faire bisquer en justice un propriétaire qui ne remplit pas ses obligations et joue au radin sur des travaux de première sécurité.

Le mien en est à 2000 euros environs de « dommages et intérêts ». Il n’est pas encore calmé, il me déteste foncièrement, mais il a commencé à s’exécuter (plus de plaque de moisi dans un mois ?). Ce n’est pas une fierté, vraiment, car je ne tirerai jamais de gloire d’une relation dont l’équilibre repose uniquement sur les règles juridiques. C’est juste une question d’équilibre : le locataire se fait sélectionner âprement pour payer un gros loyer, le propriétaire lui fournit en échange un logement décent et se fait une petite rente. Le minimum syndical en somme.

Je précise ça car, depuis peu, je suis moi-même propriétaire, ce dont je me serais bien passé d’ailleurs, contrairement à ce que tout le monde pourrait croire. En plus, ce n’est même pas dans la même ville que celle où j’habite, évidemment (vous pensez, ça serait trop simple!). C’est même plutôt, genre, allez, à 800 kms de là. Propriétaire d’un bel appartement vide et lointain donc.

Alors forcément, et pour éviter de me coltiner taxes, impôts, charges et autres frais sympathiques pour un appartement habité par de pelucheux moutons, je me suis mis en tête de trouver d’un locataire. Autrement dit, je suis passé de l’autre côté de la barrière, traversé la porte bannie du monde des locataires oppressés pour mieux m’engouffrer dans celui des vilains propriétaires capitalistes si justement honnis :



Mais je ne suis pas un monstre. Fort de mon passé de GPL (gentil petit locataire), j’ai tout de même fixé quelques principes à respecter, faut pas déconner :

1 - pas de loyer spéculatif. Donc petit tour par les annonces pour un « benchmark » bien de chez nous, et fixation du prix : 500 euros de moins que la moyenne des annonces. Histoire que le locataire soit content et ait l’impression de faire une bonne affaire. Ce qu’il fera d’ailleurs, en payant 750 euros pour un appart quasiment tout équipé et refait à neuf (même s’il ne le sait pas encore).

2- pas de passage par une agence immobilière. Expérience de locataire oblige, et la mienne est parsemée de gens lents, mous, incapables, inconstants et totalement incompétents. Autant préserver quelques deniers et assurer une proximité avec mon locataire.

Du grand méchant proprio avec ses grandes dents, son haleine de kiwi pas frais, ses yeux grenadine et son grognement infâme (blluuupppppp !!!), je n’ai donc gardé que le strict principal. : une exigence au niveau du locataire. Pas de critère racial, pas de préférence de sexe ou d’âge, juste quelques critères inhérents à la taille de l’appart (T3 avec deux chambres), à mon éloignement (préférence pour une location longue) et au fait qu’il s’agissait de mon appart (moines papous s’abstenir). C’est en tous cas dans cet esprit que mon annonce fut finalement déposée dans le sacro-saint PAP, tel un hameçon dans un étang. Début d’une partie de pêche de haute volée par une équipe de jeux olympiques :

A la ligne : moi-même guettant patiemment le poisson afin de l’identifier.

A l’épuisette : mon meilleur ami, chargé de récupérer le poisson, de lui faire faire le tour de son aquarium potentiel et de l’y introduire durablement en lui faisant apposer la nageoire sur un contrat.

Bilan implacable après quelques jours de pêches : heureusement que l’équipe était solide, clairement. Car les poissons, que dis-je, toute la faune des marais, n’a pas manqué de mordre. Avec la découverte de quelques petites merveilles naturelles insoupçonnées en prime, dont on conservera le souvenir avec délicatesse :

- la crevette timide : « oui, bonjour, il est disponible votre appartement ? » ; « oui tout à fait pourquoi ? » « biiiiip, biiiipp….. »

- le tétard écologique : « oui bonjour, l’appartement est bien situé au premier étage, mais comprend il un jardin ? » « heu ben non il s’agit d’un premier étage en ville et…. » : « biiiiiip, biiiipppp….. »

- le poisson ingénieur Picard : « oui bonjour, ce serait pour nous loger moi, mon mari et nos quatre enfants » ; « heu oui mais vous savez il n’y a que deux chambres » ; « oui oui on sait mais on s’arrangera, on sait faire faites nous confiance ».

- la méduse temporelle : « oui c’est pour une location longue évidemment » ; « mais quelle durée environs ? » ; « ho ben le temps de trouver à acheter, je dirais six mois, un an ». Ha.

- le banc de poissons suicidaire : « bonjour, ce serait pour une coloc d’étudiants » ; « ouiok,  mais vous seriez combien en fait » ; « en fait je ne sais pas trop, on serait sept ou huit, mais pas tous en même temps, on tournerait bien sûr ».

- le poisson ventouse d’occasion : « bonjour, votre appartement m’intéresse » ; « oui mais vous pourriez le visiter pour vous faire une idée » ; « non mais c’est bon il m’intéresse » ; « non mais pour voir quand même à quoi il ressemble » ; « pas la peine je le prends » ; « oui non mais quand même, regardez-le » ; « bon, si je vous donne un extra, vous me le louez tout de suite ? » ; « heuuuuuuuuu !! »

- le  triton mécontent : « donc comme je vous disais l’appartement est tout équipé en électro-ménager» ; « ha oui mais nous on a déjà de l’équipement électro ménager » ; « il y a du parquet neuf dans les pièces à vivre » ; « ha, pas de carrelage ? » ; « sauf dans une des chambres » ; « ha mais ça doit être froid alors » ; «  si vous le souhaitez il y a possibilité de choisir un sol ensemble » ; « non mais merci ça ira, nous on veut que tout soit parfait à notre arrivée ».

- le « poisson hibou » : « et donc l’appartement est équipé » ; « hooooooo » ;« il est refait à neuf » ; « hoooooooo » ; « c’est un T3 » ; « hoooooo » ; « on peut le visiter » ; « hoooooo » ; « sinon vous avez des questions ? » ; « hooooo….non….biiiip bbiiiipppp »

Et dire que les marais comportent plusieurs milliers d’espèces différentes… vivement demain!


9 septembre 2009 : tranche de vie (2) - grippe haaaaaaaaaaaaaaaa!!!!

C'est l'heure du dej. La file est inhabituellement plus longue que les autres jours. Les gens s'agitent. Mon plateau, bien que modestement composé d'une assiette de pâtes, de quelques carottes rapées, d'un petit pain et d'une poire (oui, je mange équilibré, des fois !) commence à peser.

J'atteins enfin le rail de caisse. Je dépose mon barda et tends ma carte de cantine.
Elle (faisant la moue et me montrant un petit boitier) : non c'est ici....

Moi : ha bon! mais d'habitude on vous la.....

Elle (coupant net) : oui mais en ce moment il y a la grippe A alors plus de contact physique, question de sécurité.

Moi : et donc si on veut vous payer en espèces, on passe d'abord le billet à la javel?

(pas de réponse, garde l'air impassible. Moment de stress : aurais je perdu mon sens de l'humour?)

le nainterdit grippal 
Moi (poursuivant) : d'ailleurs, saviez vous que la grippe értait contagieuse par projections jusqu'à 1 mètre voire un mètre cinquante. Me parait pas aussi large, votre banque, héhé!!

(devient livide, esquisse une grimace, puis émet un petit rictus).

Moi :  ouf c'est bon, tout va bien. Merci et bonne journée mada.....tchoummmm!!!!!! :-)

Dieu que la grippe rend con!


30 août 2009  : Les « jiho » du marié : (5 : les bars parallèles)

Trois lutins verts. Un troubadour avec sa flûte. Une sorcière ricanante. Le tout est confortablement installé à une table non loin. A côté de cette cour, l’œil curieux découvre une Blanche Neige souriante et étonnamment bien bâtie, sans son prince, mais entourée d’une pinte et de 7 petits nains.

Insolite scène de soirée d’été parisienne. 

Frayeur. A bien recompter, les nains ne sont pas sept, mais six. On se renseigne, on écoute les réponses : ha ok, on a paumé Grincheux. Dommage. Atchoum, visiblement très préoccupé, espère qu’il ne s’est pas fait embarquer sur la route pour tester le nouveau vaccin contre la grippe A. Les nains sont prévenants.



leçon  5 : déconne ne rime pas nécessairement avec excès de pression
Un quart d’heure passe. Grincheux arrive enfin, transpirant et se confondant en excuses. Le cortège aux oreilles pointues, peu revanchard, le salue comme un héros. Blanche Neige finit sa pinte, en recommande une autre tout comme ses sept plus proches acolytes. Un toast à la « santé des grandes oreilles » est porté. Une petite mamie (aux oreilles non pointues) passant par là dévisage la troupe et marmonne quelques « ronchonneries ». Interdit aux oreilles rondes, ben ouais, c’est comme ça.

Cocasse.

Après plusieurs rituels similaires, une agitation secoue bientôt le café. Prof veut s’occuper de payer la prochaine tournée, mais est incapable de se lever. Atchoum se refait une santé à la vodka. Dormeur, avachi sur sa chaise, songe lourdement à copier Atchoum. Timide s’éloigne du tumulte, l’air un peu gêné, un sachet à la main. Blanche Neige peine à finir sa pinte qui se dérobe sous ses doigts. Nouvel essai : esquive sur la droite. Encore raté.

Il est maintenant onze heures. Malgré son air patibulaire (mais presque), Grincheux reste le seul nain à peu près montrable. La chance du retardataire sans doute. Toute la maisonnée ou presque est pourtant « prête à remettre ça au prochain café » et s’empresse d’ailleurs de finir la tournée en cours. Non loin de là, Timide termine sa préparation à fumer, de quoi vraisemblablement lui donner un coup de fouet avant la prochaine escale.

Tristesse.

Les voyant lever leur verre, je me rappelle et constate la justesse des propos de la HALDE : effectivement, à Paris plus qu’ailleurs, les nains « trinquent ». Manque de moyens, peut être, manque de repères, c’est incontestable. Ils trinquent donc effectivement, mais pas autant pourtant que leurs voisins de tables, témoins de ce simulacre d’enterrement de vie de garçon.

Alors plus que jamais n’insistez pas, je n’enterrerai rien de cette manière. Question de respect dû au défunt. Et tant pis si je passe encore pour un grincheux.



25 août 2009 : les "jiho" du marié (4 : l'enduro logistique)

Août. Plus que deux mois avant la date fatidique. Déjà 8 mois d’organisation derrière nous. Fierté : les remous et incertitudes des premiers moments s’estompent. Chacun sait désormais parfaitement ce qu’il doit faire et cela se voit. Tout roule ou presque. La période estivale permet même de se poser un instant, de se frotter narcissiquement les oreilles devant le travail accompli :

- les petits nœuds de l’épreuve précédente (et les cartons allant avec) s’en sont allés, le cœur serré, rejoindre leur destinataire. On a même cru comprendre que le postier avait fait son boulot.

leçon 4 : la logistique, c'est une question de sang froid!
- la preuve, on a même reçu quelques réponses dans les délais, de personnes chères qui vont venir d’un peu partout !

- d’ailleurs entre ceux qui vont venir en train, en avion, en voiture, en moto, en navette, ensemble ou séparément, on sait déjà qu’on va en perdre quelques uns en route. On sait que c’est la tradition on assume… mais on espère quand même qu’ils seront tous là pour le dessert !

- les professionnels du son (les DJ quoi) sont en pleine migration. Vers l’Australie,
la Laponie, l’Uruguay….mais jamais la France. Tant  pis, on connaît désormais son numéro de téléphone par cœur, on a chopé son adresse, on a kidnappé ses gosses et fait livrer chez lui des pizzas aux anchois qu’il n’avait pas commandé. Il est à bout et va bientôt rappeler, on le sent.

- le traiteur/hôtel qui « manage » l’opération a compris notre demande et fait son possible pour proposer des solutions permettant aux invités, notamment ceux ayant présumé de leur charisme face au champagne, de dormir heureux et en sécurité à la fin des hostilités. Pour les plus touchés, qui auront besoin d’assistance, de grand air et de stabilité, on a même pensé à une solution sur mesure : nuitée sur la pelouse, avec les hérissons. Et hop !

- les autres couples sont en ébullition et nous envient, car eux se marient dans deux semaines et sont encore aux prises avec une liste d’invités non figée, un DJ parti aux Antilles pour la semaine et/ou une gestion logistique qui prend l’eau. Mais nous on est solidaires : on se moque, on soupire, on prend l’air désolé et on donne même des conseils en fronçant les sourcils, l’air sérieux. Bref on se la pète en attendant que quelqu’un vienne nous rendre la monnaie de notre pièce….plus tard. Car c’est chacun son tour hein, la frime, c’est le moindre des savoir-vivre !


23 août 2009 : paris tabous : l'expérience capitale

20h. Retour à la maison. Enfin. C’est que l’été peut être chaud, même à Paris (malgré les rumeurs). Pourtant, au travail ou dans les lieux publics, personne ne semble s’émouvoir plus que ça des caprices de la température : chacun reste à sa place, garde ses petites habitudes…et surtout ses tabous. 

Car avec plus de trois ans d’expérience dans la capitale, deux déménagements, un passage par plusieurs entreprises aux cultures diverses avec des statuts variés  (stagiaire, intérimaire, employé, responsable, boulet….), l’on finit par le comprendre : le petit cercle parisien a ses codes, ses petites spécificités, ses vieilles habitudes. Tantôt différents de ceux de « la » bien mal nommée « province » (comme si, en dehors de Paris, tout le monde vivait forcément à l’heure universelle du bambou et du jus de goyave), tantôt identiques. Souvent stupides. Immanquablement humains.

Retour en quelques fiches sur ces petits détails croustillants qui rythme (et pourrissent parfois) la vie du francilien moyen :

Avant de partir à l'aventure : l'indispensable guide de la ville

Les tabous mis à jour :

- la promiscuité démocratique de la ligne 13

- la hiérarchie de la chemisette

- GDN 62 : l'enfer des transports

- la glanditude horaire

- Murs porteurs - mon ami Erwan

- le Métro...nome



20 août 2009 : be smart

Je suis le roi du pétrole. D’un geste, je peux choisir d’aller dormir sous une Yourte au fin fond de la Picardie, de faire un stage de survie en Lorraine, de prendre place dans un parapente ou dans un deltaplane à moteur au nom incompréhensible. Pour me remettre de tout ça, je peux me faire massouiller avec des pierres chaudes et déguster plein de petites pâtisseries orientales huileuses (car sachez le : le gras, c’est la vie !).

Je peux faire tout ça, mais j’oublie souvent. Et parfois c’est trop tard, et j’ai l’air con. Quand j’y pense, et que je m’envole avec deux acolytes triés sur le volet pour un « stage relaxation en Hammam » en région marseillaise (scusez du peu), je me retrouve irrémédiablement dans mes petits souliers, mis de côté, limite critiqué pour avoir osé pénétrer dans l’établissement. Enfin quand on ne répond pas qu’on ne sait pas quoi faire avec moi ou qu’on ne se demande pas s’il ne faudrait pas ne pas m’accepter. Je pense aux pauvres chiens qui se font refouler des grandes enseignes. Peut être serais-je bientôt attaché à côté de l’un d’eux.

Finalement autorisé à entrer et posé dans un coin, l’on me signale que le massage x super turbo prime à la pétale de rose d’eau douce n’est pas disponible pour moi. Il est réservé à toutes les autres personnes présentes. Pour mes acolytes à la limites, s’ils veulent, parce qu’ils n’ont pas le même statut. A la place, je bénéficie toutefois du droit de me faire gratter pendant 10 minutes avec un gant par la grosse dame assise là bas. Moment de stress….Ouf non ce n’est pas la grosse dame du bus 62. Pas de vengeance en vue donc, terrain neutre. Le soin s’appelle un « gommage » sur le dépliant. Respectant à minima mes attributs physiques, et après expérience et méditation, j’appellerais plutôt ça du dégommage, façon fast food. Mais sans le filet de pêche rigolo sur la tête du serveur.

Quand je pense incidemment à signifier à mon hôte que « c’est pas vraiment tip top, votre truc », on me dit que c’est comme ça, que ça a été décidé ainsi, que bon voilà quoi il faut comprendre, que c’est pas très compliqué, que tout était indiqué. Oui effectivement, c’est très clair.

Alors je laisse mes deux acolytes à leur enviable sort, et décide d’embarquer ma lumineuse compagne pour une épopée moins risquée : dégustation de pâtisseries orientales dans une grande mosquée de la capitale. Là vraiment, pas de danger, faut pas déconner. Ha ben si.

Après le désormais traditionnel débat sur l’acceptabilité de notre présence, nous voilà déposés dans un coin « spécial », une rangée de tables où sont alignés des gens dits « comme nous ». Une belle brochette de gens assez mal à l’aise, manque plus que les poivrons. Ha voilà justement le serveur dépressif qui nous explique l’on peut prendre ça, ça, ou ça. Et ça ? non. Ou ça ? non plus. Et être installé là bas près de la fenêtre et des fleurs ? non on t’a dit. Nos voisins nous sourient, une solidarité s’installe : il faut survivre ensemble.

Mais l’histoire n’est pas finie. Bien qu’ayant puisé dans mes réserves pétrolières, je contemple avec inquiétude mes deux autres coffrets. Je peux encore bénéficier d’un « week end insolite », et d’une « escapade de l’extrême ». Par curiosité, je compare le prix de la « box » et l’offre « hors box » pour le week end qui me tente sur Internet. Aucune différence, à ceci près que l’offre sur le site ne mentionne pas le caractère « insolite » de la chose.

 Le "+" Smartbox, sans doute.

De l'embarras du choix

18 août 2009 :  au clair de la lune

Ils s’étaient quittés par « surprise », bien que voyant venir la chose,  au détour de quelques douceurs matinales. Cela l’avait laissé quelque peu perplexe, et certainement très triste. Il en irait vraisemblablement mieux comme ça, c’était évident, mais le tout était alors de s’en convaincre, alors que l’envie manquait et que tout était sombre.

Mais le vent avait su tourner, et regonfler les voiles. La bise l’avait trop rapidement orienté vers d’autres horizons à consonance capitale, vaguement normande. D’abord lointains et peu hospitaliers, ces derniers s’étaient révélés, au retour des beaux jours, un véritable jardin d’Eden, propre déclencher une bombe de la meilleure manière. Une histoire de mèche en somme.

Faisant, opportunément, l’impasse sur les implications trop nombreuses de la chose, il avait ramé, plus que quiconque n’aurait pu le faire, et avait finalement rallié cet horizon doré. Fort de son élan, il avait fait sien ce nouveau monde barbare et irrésistible, chassant sans regret aucun la terre ancienne et souillée de ses semelles et ne gardant d’elle qu’un horizon lointain, caché dans son dos. Sa satisfaction avait alors été totale, et sa foi en l’avenir était d’autant plus gonflée que les dangers s’annonçaient nombreux.

 
Pourtant son orgueil l’avait finalement poussé au doute, puis à l’aveuglement. Soucieux de protéger son effort, il avait fortifié son domaine à la hâte. Il avait vu apparaitre, une fois, le voile nébuleux de l’échec et de la trahison. Mais son existence ne lui convenait finalement pas et il l’avait combattu, sans relâche ni recul. Une fois de plus, une mèche avait su lui donner le souffle dont il avait tant besoin pour vaincre, et il avait redoublé ses efforts pour renforcer son abri.
 
Mais plus tard, lorsqu’il avait vu sa terre de jadis s’effondrer sur elle-même sous les assauts d’une tempête, et bien que cela ne l’eut pas ému plus que de raison, il avait observé que son propre horizon s’était lui-même obscurci, et ses efforts passés lui étaient alors apparus vains. Le voile sombre planait encore, intact. Une évidence. De simples artifices ne sauraient donc pas avoir seuls raison d’une douleur aussi profonde.

Restant seul face à l’échéance incertaine, il avait alors remarqué qu’il était plus aisé de voir venir l’horizon posément assis sur la plage que courant dans les rochers. Il était donc resté là, serein, à attendre que le temps passe et à mesurer la patience des vagues.

Il restait tant à bâtir avant le retour de l’aube que le meilleur choix restait encore de rester là, à profiter des derniers plans de lune. En gardant espoir, cela va de soit.


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