GDN 62 : l'enfer du transport


Peu de gens expérimentent le bus à Paris, en particulier pour se rendre au travail. L’observateur averti peut toutefois dénicher, ça et là, quelques troupeaux de gens volontaires. L’on en trouve même certains en train de jurer, parfois, sous les abris surpeuplés situés au-dessus de certaines stations de métro. A croire que certains n’ont pas compris que c’était plus rapide et confortable, le métro…

Quinze minutes d’attente. Arrivée du bus. Enfin. Précipitation de la masse à l’intérieur de l’engin. C’est que les places sont chères, et pour la majorité déjà prises. Il n’est donc pas rare de se retrouver compressé, ses affaires à la main, dans le petit carré réservé aux poussettes et handicapés. Cela ne plait généralement pas à la grosse dame noire (GDN), connue pour hanter les couloirs du bus 62.

Mais qui est la GDN ? Une légende, sans doute. Une calamité, aussi, dirons ceux qui l’on approchée de près. Il faut dire que, forte de ces 135 kg, de ses deux sacs de provisions, de sa poussette et don son air peu aimable, cette dame d’une quarantaine d’année ne laisse que peu de place à la tolérance et au dialogue.

L’échange commence généralement au moment où cette dernière se décide à pénétrer dans l’engin, à une station quelconque, souhaitant « fissa » récupérer l’emplacement prévu pour les poussettes, évidemment investi par un cadre tenant sur un demi-pied et essayant désespérément de saisir une poignée. A ce moment, le cadre, sentant une pression nouvelle, se retourne et comprend : il sera la cible du jour.

Cela ne l’empêche pas, tel un agneau encerclé par les loups, de mettre en œuvre quelques actions préventives. A commencer par une tentative de décalage d’urgence sur la gauche. Trop tard : la poussette a déjà immobilisé le pied  droit, et le pied gauche siège désormais sans fierté sous le poids dissuasif de la sandale droite de la GDN.

Plus d’autres choix : la protestation….suivi de l’inévitable tollé. « connard, raciste » et finalement « sale blanc…». Les oiseaux gazouillent et l’assistance du bus s’offense dans l’ombre, témoin de la déblatération d’insultes d’une GDN qui semble s’être octroyé les pleins pouvoirs, y compris celui de d’offrir un bien hideux spectacle en plein lieu public.
Regards vers le chauffeur. Ce dernier, ayant appris la prise à parti récente d’un contrôleur RATP pour un comportement inadapté, se décide enfin à prendre les choses en main de la meilleure manière en…se muant en tapis de souris.

Aculé, écrasé, incompris, laissé à l’abandon et, chose totalement nouvelle, victime d’un racisme même pas provoqué, la moutarde monte. Il finit par prendre sa décision : pour éviter de commettre l’irréparable (la « bonne claque dans la gueule »), il signifie d’un geste bref à l’attention du chauffeur une demande d’ouverture des portes. Chose merveilleusement bien comprise par son ami le tapis de souris qui, soucieux de restituer l’ordre social bouleversé par cet impétueux squatteur de places de poussettes à l’heure de pointe, téléporte son bras sur le bouton d’ouverture.

Fin du voyage. Reste à trouver un moyen de rallier une station de métro pour finir le trajet. Paris compte un ennemi de la RATP de plus. Peut être, vraisemblablement, un raciste de plus aussi. Stupide mais malheureusement logique.


Quand on le sent, il est souvent déjà trop tard

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