La promiscuité démocratique de la ligne 13


8h15 du matin, dans le métro. Pas n’importe quelle ligne, non. LA ligne du métro parisien. Celle dont le responsable doit se targuer d’un master 2 un psychologie, d’un MBA en intervention d’urgence, d’un gilet pare balles et d’une vocation de speaker.

Car ce responsable, que personne ne connaît, personne ne l’aime vraiment, surtout quand il réclame notre attention. Rien de personnel toutefois. Juste marre de s’entendre expliquer que « suite à (entourer la bonne mention : « un problème technique », « une avarie matérielle », « un accident sur les voies », « une panne de courant », « un chien sur les voies », « une oie sur les rails », « une inondation », « une grève surprise », « un voyageur malade », « un conducteur parti pisser »), le trafic va être fortement perturbé. Mais c’est quoi, en fait, "fortement perturbé" pour l'usager de base ?

Cela consiste d’abord, dignement, à faire le planton sur le quai. Bonne nouvelle, la GDN (voir articlé dédié)  n’apparaît pas à l’horizon, et, à l’exception de ceux qui ont opté pour la « voie alternative du 62 », tout le monde peut se détendre avant la grande embarquée. Car la séance de « plantoning » est irrémédiablement suivie d’une séance de « faxage en wagon », durant laquelle le voyageur lambda, soucieux de placer sa dernière cuisse dans l’engin, a tout le temps de regretter que la tartine de fond de teint placée devant lui son exubérante voisine ne puisse survivre sans son putain de sac de pouff moche sac de mode « super hype » de 300 litres.

Une phase de regret qui persiste un temps puis se transforme en phase de grognement lors du voyage, quand la boucle dudit sac finit par se retrouver dans la tronche inhospitalière (ou dans son œil lorsque celui-ci n’a pas déjà été happé par la porte vitrée) du voyageur. Suit une durée d’environs 20 minutes (moyenne raisonnable d’un trajet « sans accroc » sur la ligne 13) sans aucun temps mort, chaque passager ayant à cœur de ne pas laisser son voisin grogner dans son coin et ayant à cœur de lui faire part de son opinion personnelle. 

Le débat de masse s’installe alors en fond sonore, à base de « non mais faut être tolérant », « non mais vous ne pouvez pas vous le - oouuuaaiiiiieeeee - votre sac ? », « vous savez moi je pense que…. » entre autres phrases apaisantes. C’est beau la démocratie participative.

Quand le jeune voyageur arrive finalement à quai, un contrôleur RATP est en train de se faire vilipender pour avoir mis une amende à un voyageur sans ticket. Déjà en retard, il se dit que ses 15 compagnons de voyage et amis démocrates sauront s’occuper du fâcheux sans son aide.

Il s’éloigne et cède sa place à un artiste muni de son accordéon. L’ « amour de Saint Jean » résonne déjà, au loin.


C'est ainsi que bon nombre de chauffeurs  se retrouvent abandonnés chaque année sur les rails de France 

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