| 19 avril 2009 : représentants de service public, la surenchère Ne vous méprenez pas. Je ne suis pas pour (ni contre) les groupes représentatifs de personnes ou de pensée (encore appelés, dans le monde branchouille des affaires, "lobbies"). Je ne travaille pour aucun d'entre eux et, pour être honnête, leur existence ne me fait ni chaud ni froid. On pourrait dire que je m'en contrefiche donc, sauf quand ils portent le sacro saint étendard du service public, peut être. Pourtant je n'avais rien, à la base, contre la présence de groupes "d'intérêt public". Clairement, l'existence d'une haute autorité de luttre contres les discriminations me paraissait aussi absurde et inutile que pourrait l'être celle d'un haut conseil à l'épanouissement sentimental des écureuils en rut. Mais bon, il se disait que les écureuils vivaient dans un monde plus bisounours que le notre, donc tant pis : la Halde a été créée comme d'autres autorités ou organismes comme le planning familial, les IUFM, les syndicats voire même les partis politique.... |
![]() si seulement les gens savaient que le chemin le plus court est souvent le plus drôle....
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| Bref, autant d'organismes qui se sont
constitués pour représenter des gens ou se sont
vus promus "défenseur des
intérêts publics". Le tout pour une garantie la
défense des droits et de la parole de chacun et le respect
des libertés individuelles dans toutes ses formes.
De biens précieux garde fous contre qui aurait
l'idée saugrenue de vouloir imposer sa loi. Mais
ça n'a pas été aussi facile
de créer tout ça. Non non. Il faut dire que la
présence de tels "groupes" dans le milieu public posait bien
plus de problèmes que dans le milieu des affaires,
là où
les lobbies étaient montés et pilotés
semi
directement par les entreprises membres et, finalement, se fichaient
plus ou moins
royalement de l'individu. Au contraire, ici, le membre
était l'individu. Et il y avait donc beaucoup de membres.
C'était très donc très compliqué, et comme c'était compliqué, on s'est dit qu'il fallait simplifier (pour le bien du service public). Un truc pour assurer une bonne "governance" comme ils disent dans les entreprises. Et on a trouvé, le truc, c'est la lé-gi-ti-mi-té. Pour pouvoir justifier qu'on l'avait, on s'est dit qu'on avait deux solutions : leur demander leur avis, ou demander leur avis à une personne qu'ils auraient choisie pour les représenter. On a évidemment choisi le second, pour économiser les timbres, aider les arbres, tout ça. On leur a donc demandé aux gens de choisir un gars qui puisse donner l'avis de tout le monde. Enfin disons plutôt donner son avis en disant que "tout le monde" pense comme lui, regardez, il est légitime. Comme c'était dur pour lui de montrer à quel point il pouvait être la bonne personne pour donner son avis, on a créé un groupe pour l'aider à montrer ça et lutter contre les trois autres groupes qui faisaient pareil. Une fois choisi, enfin, et comme c'était quand même dur de parler de tout ce que les gens ont à dire, il a lui-même créé des groupes pour gérer des sujets précis. Comme il se disait que les gens pourraient se dire qu'ils n'étaient pas bien bien défendus, il a autorisé la création de groupes non gérés par lui mais parlant avec lui au nom des gens. La boucle était bouclée. On aura donc eu droit à des résultats bien sympa. Aujourd'hui encore, le résultat est là : - une structure d'aide à l'établissement des valeurs de l'éducation scolaire, moteur de la nation, tout ça. Des structures où l'on rappelle que l'apprenant est au centre du savoir (youpie, et pas grave s'il ne sait pas lire en 3ème, il est au centre, ça suffit bien). Des structures qui encadrent les futurs maître donc, en leur apprenant à fermer leur bouche quand ils ne sont pas d'accord (sous peine d'exclusion), à se dire "non mais c'est une mauvaise année à passer, donc je ferme ma gueule et on verra après". Une structure d'épanouissement donc que le maître quittera avec regrets pour retrouver son métier passionnant où il pourrai exercer les principes appris, passant donc de la pédagogie à l'énervement, de l'énervement à l'exaspération, de l'exaspération à l'appel à l'aide, de l'appel à l'aide au blâme, du blamê au coup de gueule, du coup de gueule à la mutation, et finalement à la résignation. Jusqu'à jeter l'éponge et mettre 18 à tout un tas d'analphabètes parce que finalement il n'y a que ça à faire, pour s'en sortir, se taire, se faire petit et sage pour espérer progresser dans les échelons. Génial. - une structure d'aide au respect de soi et de sa santé, moteur de la nation tout ça, où le maître mot sera donc, là encore, l'individu. Avec une application immédiate : "tu es enceinte, mais ne t'inquiète pas : tu ne dois pas avoir peur d'avorter, tu as le droit de faire des choix tu es seule maîtresse de ton corps". Un idéal de responsabilisation de la personne donc, qui permettra la mise en place de dispositifs d'avortement dans les distributeurs de boisson du lycée et l'ouverture de conscience des rétrogrades ou incultes qui osent penser, alors que les études biologiques démontrent le contraire, qu'avorter est criminel et traumatisant. Il faut combattre la maladie, c'est important. - une structure d'aide à l'épanouissement professionnel, moteur de la nation tout ça, où le maîte mot sera le rappel des libertés individuelles, le respect des acquis sociaux obtenus dans le sang il y a très longtemps, avant les dinosaures. Une structure de soutien à la lutte pour la reconnaissance de ses valeurs intellectuelles et morales chèrement acquises (voir ci-dessus). Une structure qui se battra corps et âme pour défendre, une fois de plus, l'individu, quitte à s'opposer fermement au pouvoir lorsque les règles qu'il proposera de poser seront, selon lui, notoirement insuffisantes. C'est alors qu'il brandira sont Code du travail et lancera : "nous ne signerons pas le document proposé, il est horrible, beurk caca, mais heu nous ne nous y opposerons pas". Avant de lancer un appel à la grève, parce que ça va mal et qu'il faut savoir affirmer ses opinions. - une structure d'aide à l'intégration des étrangers, des minorités, des femmes, qui rappelera que les étrangers sont des êtres humains, que les minorités ethnique sont des êtres humains, que les femmes sont des êtres humains, que la religion, la couleur ou le sexe ne changent pas cette nature, que celui qui vient dans un pays doit respecter les règles de ce pays mais dispose toutefois des mêmes droits que les autres, lesquels découlent d'une histoire particulière et empreinte de certains évènements. Ouah. - des structures de représentation des individus à l'étranger, de proposition et mise en place de règles souhaitées par tous, de contrôle et contre proposition en cas de règles insatisfaisante. Un système idéal pour le débat interne mais aussi externe, la confrontation d'idées. Des structures comprenant l'élite de la nation, des gens non seulement brillants intellectuellement mais à l'écoute des individus. Des structures qui expliqueront clairement aux gens pourquoi elles choisissent de défendre telle ou telle solution ou encore de s'opposer à telle ou telle décision. Des structures agissant sans démagogie ni calcul, qui feront la fierté des individus en portant haut une image du pays et leur donneront l'impression que les choses avancent, que leur nation est la plus belle. Du tout bon donc, avec une simple interrogation. Vraiment, avait-t-on besoin de tout ça? je ne suis pas certain. |
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| 23 mars 2009 : du lard pour des cochons? Encore un cas de plus. Effet de
mode qui dure, et
qui, comme tout effet de mode, permet à des millions de
personnes de faire un truc à la con pendant une
période x
donnée. Nous sommes donc lundi matin, la France, et les
français s'éveillent (les françaises,
notez,
pioncent encore) :
- Monsieur Sanchez, qui aime bien le lundi matin, promet de faire une grande annonce concernant la vie des nénuphars, mardi prochain après le petit déjeuner. - Marcel, responsable du Grand quotidien “La trombe du Limousin” trouve qu'il s'agit là d'une méga occasion de faire sa une, et décide d'envoyer Roger. - Roger, journaliste jardinage, se rend sur les lieux (en espérant chopper un croissant gratos avant le discours). Il prend en note l'annonce, enfin le principal, des petits bouts quoi (il a que dix doigts, Roger, et un croissant qui lui en occupe 5). Il encapsule ensuite quelques morceaux de morceaux dans un article flambant dont il espère bien qu'il lui permettra d'être promu rapidement chroniqueur dans la rubrique “sensationnel”. - Marcel trouve que Roger a fait du bon boulot. Il demande juste à Roger de raccourcir un peu son texte, de manière à respecter la taille souhaitée de l'article. - Roger taille quelques morceaux supplémentaires et l'article est publié. - Fernand, plombier modèle du Limousin, lit son journal devant sa tartine, à moitié réveillé. Il sursaute en apprenant ce qu'a osé dire cet idiot de Sanchez. Non pas que les nénuphars l'intéressent, non, mais quand même bordel, les nénuphars, c'est dans l'eau et l'eau, ça passe dans les tuyaux, et les tuyaux, c'est son truc par contre, à Roger. Son honneur est donc en jeu. - Mike, éminent politicien de droite du Limousin, fervent meneur de l'opposition, lit l'article, et se dépêche d'écrire un commentaire pour être le premier à faire savoir qu'il aime les nénuphars plus que tout, que c'est important de s'en rappeler pour les prochaines élections de dans dix ans. Il clame aussi à qui veut l'entendre que LUI dénonce avec “toute la force de son âme” les propos odieux de ce "monstre de Sanchez" (tout en faisant remarquer que ce n'est pas le cas de Steve, politicien de gauche du Limousin, actuellement au pouvoir). - Steve, qui se foutait royalement du sujet, apprend de Sally, sa secrétaire d'état au ptit dej, que Mike lui a mis une droite par communiqué interposé. Sally fait remarquer qu'il lui parait bizarre que Sanchez ait pu avoir de tels propos sur les nénuphars, mais que cet opportuniste de Mike n'en rate pas une pour se placer devant la caméra. Steve s'en fout des nénuphars, entend bien faire fermer son claquet à Mike et se dit que tant qu'à faire, cette histoire de nénuphars pourra bien faire oublier à Roger (ce chiant qui manifeste tout le temps) sa nouvelle taxe de 12% sur les matériaux de plomberie. Il contact donc “youpie matin Limousin” et remet une bonne gauche à cette "pourriture ignoblissime de l'espèce humaine" de Sanchez. Une semaine passe : - La côte de Monsieur Sanchez chute de 427% dans les sondages. - L'ensemble des abonnés à Youpie Matin Limousin et La Trombe du Limousin réclame sa mise à mort par perforation du lobe de l'oreille. L'opposition est derrière le peuple avec son microphone. Le gouvernement donne des coups de coude à l'opposition pour utiliser son microphone. - Les rédacs chef de La trombe du Limousin et Youpie Matin Limousin se payent une piscine et refilent à Roger un poste d'assistant chroniqueur “sensationnel” pour fêter dignement les ventes vertigineuses du numéro spécial “Sanchez, le début de la fin?”, reportage de trente pages déterrant tous mes méfaits de Monsieur Sanchez, de son adolescence à ses 44 ans. - Steve et Mike sont au top et surfent sur la vague des sondages : Steve fait passer sa taxe de 27% (c'est la crise) sur les matériaux de plomberie. - Roger, qui s'en veut un peu de constater qu'à force de couper son article, il a fini par y faire des contresens, se dit finalement que c'est pas si mal, assistant chroniqueur sensationnel. - Monsieur Sanchez, qui se demande “pourquoi tant de haine” pour son projet de développement de nénuphars en Corrèze, relit son discours et tente d'expliquer que les propos tenus l'ont été dans un contexte, que c'est important (putain, bordel), le contexte. - Le réseau professionnel français de soutien au développement des nénuphars gays s'indigne de voir comment Monsieur Sanchez a, à l'age de seize ans, enfoui une botte de radis dans le lit de son meilleur ami, pour blaguer. Hors de question de financer une personne qui viole à ce point l'éthique du RPSDNG. - Monsieur Sanchez pleure et émigre en Bolivie avec son nénuphar domestique, Gérald. - Les non lecteurs du Youpie Matin Limousin ou de La Trombe du Limousin (7% de la population totale) s'intéressant au problème (3% des 7% précités) et souhaitant vérifier les choses (1% des 3% des 7%) vendent leur télé, écoeurés et la remplacent par une cage à hamster de taille équivalente. Et un Hamster aussi, pour mettre dans la cage. - Le syndicat des éditeurs de programmes de télévision constatent une baisse significative de leur audience sur les programmes dits "hautement culturels". Bernard Pivot est remercié et remplacé au pied levé par Samantha et son émission de variété “attrape mon blob”. Deux ans plus tard, Steve est réélu sur sa promesse de distribuer des porte clés "blob" à toute personne votant pour lui. Le blob devient l'emblême officiel de la France. Le public adhère et s'identifie. Vive la
société de l'information.
![]() Blob : élu
personnalité culturelle de l'année
par des consommateurs |
| 7 mars
2009 : social traître Dans la série "je n'y pense jamais" : as-tu déjà demandé directement, lors d'un entretien d'embauche pour un poste de juriste (à Paris donc, si tu postules en France), quelles étaient les attentes et objectifs de l'entreprise que ton interlocuteur représentait? Non hein? pourtant, je t'assure, tu devrais. Déjà parce que c'est toujours marrant de voir les gens se dépatouiller avec ce genre de questions ouvertes et glissantes (dans le même style : "l'ambiance est elle bonne dans votre service?" ou encore "vous avez combien de stagiaires et consultants, au juste?). Tu profiterais en plus, en choisissant bien ton specimen d'étude et en affinant le moment de l'insertion de la question fatidique au sein de l'entretien, de précieuses informations. Exemple : prenons ce grand gars. Ha non pardon, celui-là c'est le directeur des ressources humaines, ça ne compte pas (ben oui, il risquerait de comprendre où je veux en venir et de fausser la réponse à la question). Ha tiens voilà, lui, le directeur financier avec sa rolex en or blanc de 768g. S'il ne t'envoie pas directement balader avec un "cette question est hors de propos" (note au passage : tout ce qui ne relève pas de la préparation d'un plan budgétaire est naturellement hors de propos quand tu parles à un directeur financier), sache qu'il y a de grandes chances que tu puisses obtenir une réponse intéressante. |
![]() Le genre de
panneaux que l'on croise rarement à l'entrée des
mauvaises boites, faute de budget, sans doute
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Il y a aussi des chances
qu'à son
exposée, il te regarde et prenne un air
interrogateur en
abaissant sa calvitie (naissante parfois, adolescente souvent)
vers l'avant, puis qu'il la rebascule en arrière pour
t'apporter
une réponse, avec diverses postures possibles.
Dans tous les cas, ne t'inquiète pas, le développement ne durera pas plus de trois minutes, chrono (tu parles à un DF, n'oublie pas, pas à un orateur de mérite). Il te permettra toutefois, selon dans quelle posture se placera ton interlocuteur, d'avoir un portrait fidèle, non seulement dudit interlocuteur (qui pourrait bien se retrouver être ton supérieur direct), mais aussi, en filigranes plus ou moins apparents, de l'ambiance de la boite pour laquelle tu pourrais bosser. Car sache le : un directeur financier est non seulement dans tous les petits papiers d'une boite, mais il connait généralement (et est détesté par) la quasi-totalité des services et personnes de l'entreprise. Une mine d'information donc, pour qui sait l'utiliser. Concrètement donc, sa posture en cas de choix de réponse à ta question pourra donc varier comme suit : 1)
il pourra passer trois minutes à
t'expliquer que la politique de l'entreprise est d'aller vers
là
et là, et/ou encore là bas (c'est toujours
complexe et
tentaculaire une politique d'entreprise, cherche pas). Il ajoutera
qu'ici, l'on demande aux gens d'être motivés, d'en
vouloir, qu'il y a des "challenges" à relever cette
année, des contraintes budgétaires fortes
à
respecter, des gros projets à mettre en oeuvre avec les
équipes et des étapes à franchir pour
bien
cloturer l'année.
Il t'indiquera que l'on ferait appel à toi pour tout ça, et encore ça, et aussi ça, tiens pourquoi pas, si tu peux. Il "cloturera" en te rappelant que l'enjeu de ton poste est important (en pensant "mais je crois que c'est évident, vu toutes ces thunes que je vais mettre dedans") et qu'il est fondamental que tu sois "réactif" et "force de proposition" (note : ces mots reviennent souvent, ça veut dire que tu oublies les 35h, que tu seras cadre autonome et amené à faire autre chose que du droit, ce qui n'est ps un mal en soi soit dit en passant, tant que tu ne te retrouves pas avec une toque "resto d'entreprise, et mes plats défrisent"© sur la tête). 2)
il pourra aussi passer trois minutes à te parler de grands
enjeux impliquant d'avancer avec rigueur, de respecter des "process".
Il te dira que sa société aborde un grand virage,
très compliqué, et que la stratégie
globale va
évoluer. Il ajoutera que les équipes devront
suivre le
rythme et évoluer pour accompagner les changements et
s'acclimater des contraintes budgétaires fortes à
intervenir. Il cloturera en ajoutant qu'il sera de ta
responsabilité de t'insérer dans
l'équipe" et de
mener à bien les tâches qui te seront soumises,
dont la
bonne réalisation aura un impact majeur.
Peut
être ne verras tu pas la différence entre
ces deux
réponses tout de suite. Peut être faudra t'il que
tu les
écoutes maintes fois, la distinction finissant par sonner
très clairement à l'oreille, au fil des
entretiens. Tu
finiras ainsi par bien distinguer, entre deux boites
présentées comme "leader du marché
mondiale de
l'univers entier", celle qui vit dans des petits souliers
étroits de celle qui tente une approche
décomplexée, celle au poste à
construire sur
mesures de celle au poste taille 36 à enfiler au pas de
course,
celle de l'équipe motivée de celle dont
l'équipe
est sous cachets, voire même, en tendant bien l'oreille,
celle
dotée du directeur financier au business model brillant du
financier formaté qui cultive l'égocentrisme,
sème
la zizanie financière avec ses restrictions
budgétaires
(comme tout financier qui se respecte un tant soit peu) mais ne sert au
final pas à grand chose de plus.
Il y a pourtant de grandes chances pour qu'en acceptant de travailler pour la boite 1, tu te retrouves, peu importe ton statut, à t'éclater avec des gens sympa et à bosser pour essayer de lancer tout un tas de choses pour ta boite, grande ou petite (très souvent petite, mais grande, aussi, ça peut arriver). De même, il semble indiqué qu'en travaillant pour la boite 2, tu te retrouves dans un banc des remplaçants avec un poste de 9m², où l'on te demandera de bien vouloir appliquer une procédure élaborée par des têtes pensantes actionariales afin de réaliser un objectif restant à définir, mais pas par toi. Tes chances en cas d'oreille défectueuse sont que tu seras vraisemblablement mieux payé dans ton 9m², qui sera potentiellement situé dans les locaux vastes d'une multinationale au nom bien plus valorisant sur un CV (surtout un début de CV), même si située sur une pente économique légèrement déclinante. Tu auras certainement, à court terme, une meilleure "sécurité de l'emploi" (tout en te rappelant que les gros groupes leaders sont les premiers à faire des plans sociaux d'envergure, tandis que les challengers émergeants recrutent plutôt à petits pas). Tu n'auras pas non plus à partir tout nu et à te mettre à la couture fine pour te créer un costume sur mesures. Tu pourras évidemment t'assoir sur toute idée dépanouissement personnel et d'évolution hiérarchique significative à court ou moyen terme (surtout si ton poste est un CDD ou un stage, où l'on te fera clairement comprendre la teneur de la notion "exécutant réactif qui ne la ramène pas merci") mais tu pourras baver sur tes collègues et tes responsables des heures durant, en te disant qu'ils ne font rien comme il faut et en le faisant remarquer à ta hiérarchie. Peut être même tu auras de la chance et arriveras à faire virer ton mauvais directeur financier, fusible de choix en cas de crise (à 100k par an, c'est assez logique, du reste). Autant de choses qui resteront inconnues au pignouf tout nu en train de coudre son costume et de fortifier paisiblement sa cabane. Enfin jusqu'au moment où il tendra l'oreille restée alerte et s'apercevra qu'un mauvais directeur financier, qui s'est fait virer d'une grande boite qui plongeait, commence à être courtisé par ta propre boite. Pas de chance, mais il sera temps de mettre les voiles et de prendre quelques risques pour éviter de ressombrer dans les culs de sacs du monde du travail. Viendra donc le temps de reposer "la question miracle" à des personnes clé. Mais à qui donc? Tiens, peut être à cette jolie jeune fille qui passe devant toi, pour commencer. |
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| 2
mars 2009 : un grand bol d'air Qu'est
ce qu'il peut bien y avoir marqué de si
intéressant, sur
ton paquet de céréales, pour que tu restes comme
omnubilé devant pendant cinq bonnes minutes chaque matin. A
te
voir, franchement, on pourrait presque croire que le contenu se met
à
jour
toutes les nuits, préparéqu'il serait par des
chroniqueurs
dotés de leur bac +5 en petit dej spécial
culture. Mais
non, pas de mise à jour. Pas de chroniqueurs du petit dej.
Enfin
si remarque, en y repensant, peut être que si.
C'est qu'il est quand même bien classe, ton armement du petit dej. Surtout, tu as beau l'avoir déjà acheté, sans même avoir regardé autre chose que son prix et les mots clés "céréales", "noix ou "morceaux de chocolat" inscrits dessus, il continue de vouloir te prouver qu'il est la femme de ta vie, ton amoureuse transie, qui ne pense qu'à toi, qui fait plein de choses pour toi et ne demande qu'à en faire plus. De peur que tu puisses songer à le remplacer par un autre paquet plus jeune, plus beau et avec de plus grosses noisettes, sans doute. Alors oui : tout est bon pour te convaincre de rester, et, comme dans une mauvaise soirée drague, les démonstrations arrivent, de tous les recoins. |
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![]() Ne rigole pas, tu es sur le point de te faire draguer par une grosse brique |
Il va d'abord te rappeler d'où il vient, ton petit dej. Parce qu'il n'est pas n'importe qui, faut pas déconner. Déjà, il vient de loin. Montagne la plus haute d'Europe, pays de conte de fées, tout est bon pour te rappeler que ce que tu as entre tes mains n'a pas un pedigree de chameau saoudien. Alors pas de blague, hors de question d'en refiler un peu à ton chat ou à ton hamster. Ton gosse? bon, c'est limite, mais pour te faire plaisir, on va l'accepter et l'indiquer "ce produit convient aux enfants de plus de 36 mois" (on va d'ailleurs ajouter un petit jouet ou un labyrinthe, dont ton gosse se foutra, mais qui te fera bien réfléchir, toi). Et puisqu'on est dans les mentions, on va y aller franchement. Oranges du brésil cueillies avec une main droite lavée à l'eau de source, lait d'origine super contrôlée et ébouillanté encore plus impitoyablement que Saint Jean, et....oui, surtout, il va indiquer "bio" et aussi "sans ogm", pour que tu évites d'inciter l'ami José à venir lui tailler le tétrabrick en pointe en lui certifiant que ton paquet était responsable de ta dernière facture de téléphone, désireux qu'il était d'appeler les autres membres de sa famille d'orange. Enfin, pour mettre en valeur la sécurité du "package", une petite mention "ouverture facile" et une languette, qui te restera inmanquablement dans la main quand tu "tireras ici" mais qui te rappelera de soutenir l'industrie des bons ciseaux en lame d'acier du Burkina Faso. | |
| Avec ça, déjà, tu sera rassuré sur ton achat. Aussi un peu inquiet car en cas de cambriolage, le petit malin de cambioleur, bien au fait de tes habitudes de bourgeois, crochètera à coup sûr ton frigo et ton placard à petit dej en priorité. Mais s'il est cool, et qu'il n'embarque que ton home cinéma et ton canapé design, tu auras le réconfort de te dire que tu es quitte, qu'en utilisant du papier recyclé comme emballage pour te faire payer moins cher, ton paquet de céréales t'a déjà plus qu'indemnisé, par anticipation. | ||
| Mais il va faire plus, tu le sais déjà. Il va certes t'expliquer qu'avec lui, tu vas bien grandir, bien courir, bien courir, bien digérer. Mais ça, c'est du remâché et toi, il faut te surprendre et te réconforter pour garder tes faveurs. Alors il va faire appel à Suzanne. Ouais carrément. Elle va te parler franc et direct Suzanne, mais Dieu, elle peut se le permettre. Quel palmarès. Diététicienne oui, avec son BTS en poche, mais aussi Nutritioniste, carrément, avec sa fac de médecine et tout et tout. Et pas la peine de dérouler son expérience grisante au CNRS, évidemment, tu comprendras que ce serait indécent. Mais Suzanne va t'aider, elle va t'expliquer, comme pourrait le faire la législation française, comme c'est important de bien manger, de bien boire, de bouger tout ça. Elle va te dire que le bon cholestérol est bon, pas comme le mauvais, attention. Elle va te faire une apologie du fibre, qui ne se digère pas, non, mais qui va révolutionner ton transit. Et ça, tu le sais, c'est vachement grave, le transit. Et elle va conclure en te disant que tu as de la chance, que tout est dans le paquet et qu'il n'y a rien en trop, non, pas d'additifs ni de conservateurs, conformément à une règlementation qu'elle clape des deux mains. Elle va même authentifier le tout avec sa signature, pour pas que tu crois que c'est une fausse Suzanne qui a écrit (déconne pas, c'est grave d'usurper une identité!). Elle te filera aussi son numéro, des fois que tu aies le moindre problème. Ouah. | ![]() 80%
des parisiens amateurs de céréales ont un champ
de
blé sur fond de coucher de soleil dans leur 20m²
chaque
matin
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| Avec
tout ça, les gars qui ont participé à
concevoir
l'emballage, ils doivent être sûrs de leur coup.
D'ailleurs
tiens, imaginons là, l'équipe, à la
louche : 1
ingénieur/technicien pour la conception de la protection
emballage, 1
statisticien pour déterminer ab initio quoi mettre sur le
paquet, 1
photographe qui "kiffe" les champs de blé ou les montagnes
pour
les clichés, 2 marketeux pour la création marque,
les
slogans et les mentions commerciales, un maquettiste pour la mise en
page, une
Suzanne au
nom qui claque pour la crédibilité scientifique
de l'ensemble + une voix suave pour la hotline et un imprimeur
pour l'édition de la bestiole finale en moults exemplaires.
Une
belle équipe pour faire rêver le pekin devant son
bol, et toi aussi.
Sauf que toi, devant le paquet, et malgré tous les efforts
sus-cités, voilà à quoi il peut
t'arriver de penser
: 1 - la marque du paquet
bénéficie t'elle du régime des marques
de renommée ou des marques notoires?
2 - le petit jouet a t'il bien une valeur inférieure à 7% du prix du paquet? 3 - la hotline téléphonique de Suzanne dépend elle de la LME qui lui imposerait de ne pas être surtaxée? 4 - n'y a t-il pas pratique trompeuse à utiliser systématiquement des emballages extérieurs bien volumineux pour un pauvre sachet minuscule à l'intérieur, quand bien même le poids est clairement indiqué? 5 - Suzanne, conseil supposé en matière de santé, a t'elle déontologiquement le droit de te faire gober que faire manger ces céréales à ton rejeton, c'est le top du must de l'idéal (bien mieux qu'une pomme et une madeleine avec un verre de chocolat chaud? C'est certainement parce que tu es juriste, et aussi un peu parce que la belle machine à moudre du rêve n'en compte pas, que tu rumines devant les imperfections juridiques et les noeuds légaux du paquet. Tu en as même parfois un petit ballonement. Si bien que tu aurais bien envie de l'appeler, Suzanne, pour lui demander si cet état de fait n'aurait pas d'impact négatif sur ton transit. Elle te répondrait certainement un truc super pertinent, c'est évident. Parce que ça tu l'as bien compris : Suzanne, c'est une championne olympique du transit intestinal. |
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| - Hommages à Suzanne | ||
| 27 février 2009 : un bon placement Je
peux le dire tout de suite, d'un trait, sans honte : suis un pro des
bons placements. D'ailleurs, si cela ne tenait qu'à moi, je
m'auto décernerais le titre de maître universel du
placement qui claque, rien que ça. Par contre attention, ne
nous
méprenons pas : quand je dis placement, je parle bien de
placement en salles, hein, tu avais compris. J'exclus donc,
évidemment, tout ce qui relève du placement
boursier,
bancaire, off-shoreux et compagnie, que nos amis directeurs
financiers savent eux-même parfaitement foirer, sans que j'ai
à intervenir. Et puis tant que j'y suis dans les
précisions : j'exclus aussi toutes les salles dans
lesquelles
pourraient se jouer quelconque opéra, opérette,
scénette ou pièce de théatre. Rappelle
toi
ça, c'est très important, vraiment.
Je la joue "petit mickey" penses tu? Tu as peut être raison. C'est pas faute d'avoir tenté la diversification pourtant, je te promets. Tiens, dans les derniers trente jours, j'ai même enchaîné deux oeuvres magistrales dans deux théatres différents (d'abord "Cyrano de Bergerac" à la Coôôôômédie françaiiiiiise, puis "le nozze de Figaro" au théatre des Champs Elysées). C'est dire! Mais tandis que l'oeuvre se déroulait magistralement, j'ai du me rendre à l'évidence : je devais observer, en matière de placement en salle de théatre, la plus grande des humilités. J'avais pourtant cru maîtriser la chose. On m'avait bien dit "fais attention, au théatre et à l'opéra, les places, c'est divisé en catégories, faut pas se faire avoir". Alors tu penses comme j'étais fier avec mes places de catégorie 2 dans les mains. Puis j'ai senti ma fierté vaciller, lorsque la "placeuse" m'a montré l'état du désastre et l'insoupçonnable réalité : catégorie 2 = potentiellement deux places au tout premier rang, tout à droite, dans le coin. Oh. Mais j'ai pris sur moi. Et puis tout n'était pas si noir : je peux affirmer avoir vu des choses que personne d'autre n'a vu (saviez vous que Cyrano postillonait comme un aqueduc? aviez vous remarqué que les bottes de Christian étaient signées Christian Lacroix à l'arrière?) et j'étais du reste en fort charmante compagnie. Passe l'orage, la soirée fut bonne. Au-delà, je prenais une belle leçon alors que je m'apprêtais à prendre les places pour le second évènement du mois. "Attention à la catégorie certes, mais surtout, fais gaffe au placement dans la salle" était la conclusion logique de mon rapide coup d'oeil dans la salle, celui-ci me fit conclure que mon positionnement était de loin le plus mauvais de tous (ce qui était discutable initialement mais apparut lumineusement quand, au début de la pièce, un acteur vint déposer, triomphant, une malle sur mon seul reste d'angle de vision de la scène). Cette soirée passée, j'arpentais donc le site du Théatre des Champs-Elysées, doté par ailleurs d'outils particulièrement sophistiqués et aptes à faciliter ma quête : comparatif des prix date par date, plan intéractif, catégories finement déterminées avec indication précise des places à "mauvaise visibilité" ou "visibilité nulle". J'ai fait mon choix, j'ai validé. J'étais content. Tu penses : deux places en "loge de côte", bien répertoriés sur le plan. Je tenais ma revanche. Mais sache le tout de suite, je ne me suis pas senti dépaysé le soir venu. Spectacle magistral, cadre magnifique, charmante compagnie, places....de merde. J'ai même du faire répéter à l'ouvreuse (on dit une ouvreuse là, pas une placeuse, c'est important). Mais non, elle me confirmait : ces deux emplacements au quatrième rang des loges de côte (non inclinées, évidemment), ces recoins de placard situées dans un entre deux pièces, c'était bel et bien mes places. Pas de fontaine de postillons cette fois, mais des silhouettes, multiples, à gauche, devant, à droite, masquant pour ainsi dire l'intégralité de la scène. Seule satisfaction par rapport à mes voisins de catégorie supérieure juste devant (qui ne voyaient pas mieux) : la possibilité (dernier rang oblige) de me lever, et de profiter, là, enfin, de l'intégralité du spectacle. A l'exception des sous-titres, quand même, pour me rappeler que j'aurais mieux fait de bosser mon italien, à l'époque (8 à l'oral du bac, parce que j'ai bien fait rire la prof, vraisemblablement). Un peu blasé. Mais investi d'une mission. Pas celle de m'occuper de tes placements, tu as vu, ils nous énervent. Mais de te fournir un décryptage de ce que tu risqueras d'avoir pour chacune des catégories, si tant est que tu sois séduit par Paris, l'opéra et l'italien. Histoire que tu ne sois pas surpris principalement, et pour sauver des vies d'ouvreuses innocentes aussi. Catégorie 1
(300 euros pièce env)
![]() En
échange de l'hypothèque de rein droit, toi, ta
femme et
tes quatre enfants pourrez gouter au sel du spectacle vivant
à
consonance italienne. Outre la vue du spectacle et des sous-titres en
intégralité, tu pourras t'adonner durant
l'entracte aux
joies de la dégustation de coupe de champagne (facturation
en
sus) en compagnie d'autres champions du business (grands patrons de
chaîne de TV, hommes politiques, Jérômes
Kerviels).
Fin du fin de l'art moderne, tu auras aussi un un angle de vue
privilégié sur les convives de
catégorie 5 et 6
avant de rejoindre ta limousine pour rentrer dans ton palace.
Catégorie 2 (200 euros pièce environ) ![]() Pour
le sacrifice volontaire et courageux de ton home cinéma, toi
et
ta compagne et tes quatre beaux enfants pourrez suivre, dans la
discrétion et est votre, un spectacle de grande
qualité.
Bien calé dans votre coin, vous aurez tout le loisir de
contempler les finesses de la mise en scène. A l'entracte,
tu
pourras tenter de ravir une coupe de champomy et/ou de te
délecter d'une glace savoureuse finement proposée
dans
son emballage en carton bio du Mexique.
Catégorie 3 (130 euros pièce environ) : ![]() Pour
te réconforter après ton ascension
vertigineuse, le
palace sera heureux de proposer à ton illustre personne, ta
femme et tes quatre trésors plus de trois heures d'images et
d'émotions. Tandis que ta ravissante
épouse
rattrapera in-extremis ton fils cadet qui s'était mis en
tête de sauter sur le grand lustre, tu te
délecteras de
compositions classiques du meilleur cru. Entre deux
émerveillements, tu pourras rejoindre la fontaine
à eau
de source du cinquième étage et vanter les
bienfaits des
sels minéraux.
Catégorie 4 (90 euros pièce environ) ![]() En
remerciement pour votre participation bienveillante à la
sécurité du palace, toi, ta femme et tes deux
ainés auront le grand privilège de profiter d'un
spectacle de haute volée. A l'abri des regards indiscrets,
tu
pourras ainsi pleinement savourer, dans l'intimité, la
résurrection de l'art moderne tout en permettant
à ta
ravissante épouse de profiter de conseils avisés
en
matière de sécurité anti-incendies.
Durant
l'entracte, tu auras tout le loisir de raconter l'opéra
à
ton épouse puis de la laisser appeler la babysitter de tes
deux
cadets pour vérifier ses connaissances en
matière de
lutte contre l'incendie.
Catégorie 5 (50 euros pièce environ) Afin
de récompenser votre attachement à ses vertues
rares que
sont le sacrifice et le partage, ta femme et toi aurez le
loisir
de partager un moment de grande complicité et de commenter
habilement le chapeau "boite à chaussures" de votre voisine
ou
la calvitie naissante de son bedonnant compagnon. Profitant de
l'entracte, vous pourrez préparer de petites boulettes de
papier
(à l'aide du programme appris par coeur lors de l'acte 1) et
les
balancer judicieusement durant les actes suivants sur vos compagnons
râleurs avant de rejoindre, satisfaits,
l'immensité de
votre Twingo vert amande.
Catégorie 6 (30 euros pièce environ) ![]() Plongé
au plus profond de vos souvenirs d'internat, ta déliceuse
femme
et toi même n'aurez de cesse de jouer des coudes et
d'insulter
joyeusement l'ensemble de vos voisins (en particulier le roi de la
contorsion à votre droite, qui vous bouffe
nonchalamment
votre panorama sur tout un côté de la coupole).
Profitant
de l'entracte, vous échaffauderez des plans
machiavéliques pour en finir avec cette horde de mal-appris
que
vous ne tarderez d'ailleurs pas, à l'aube de l'acte 3,
à
balancer à coups d'extincteurs sur ces vieux complices de
catégorie 1, avides de sensations fortes.
Catégorie 7 (15 euros pièce environ) Confortablement
accoudé sur la rampe de la sortie du métro, tu
pourras
profiter, entouré de ta douce moitié et des tes
quatre
rejetons, de l'ambiance particulière et envoutante
de
notre bonne vieille capitale. A l'affut du moindre son musical,
vous ressentirez comme un frissonnement en voyant apparaitre les
premiers spectateurs sortant des portes de l'opéra. Aussi
impatient et
curieux qu'à votre arrivée, preuve d'une
passion
naissante, vous vous délecterez des morceaux de
récits de chacun,
tout en manifestement votre étonnement vis à vis
des
quelques uluberlus obsédés par le dispositif
anti-incendie de la batisse. Le coeur léger, vous
remercierez le
système qui a permis à l'opéra
d'être enfin
à la portée de tous et inviterez l'ensemble de
votre
petite famille au restaurant, pour fêter ça.
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| 24 février 2009
: vide grenier "Bonjour, je m'appelle Erwan (prononcez Erouanne, silvouplé). Je suis un petit garçon de quatre ans environs, plein de vie. J'habite avec mon papa, qui lui aussi est tout plein de vie partout. Mon papa, il aime bien faire des bruits avec sa bouche, surtout le soir tard : il fait l'avion (le gros hein, pas l'ULM de fille dans mon coffre à jouets) et la grenouille (celle qui est née dans les champs OGM). Il fait même Homer Simpson des fois ("oooouuuuuuulala Erwan, qu'est-ce que tu as fait??? tu as tout cassé Erwan, c'est pas bieeeeennnn!! attention Erwan!! Erwan attend!!"). C'est vrai qu'il a parfois l'air inquiet mon papa, surtout quand je risque de casser des trucs. Faut dire qu'en ce moment, on n'est pas à la maison : on est chez des "amidefac". Ils nous ont accueilli dans leur appartement pour quelques semaines, pour les vacances je crois. Alors du coup, on ne peut pas faire comme à la maison, enfin pas tout le temps. Faut dire que papa, c'est un champion de l'éducation moderne. Sisi. Il le dit lui-même : "tout dans la PE-DA-GO-GIE". J'ai bien compris d'ailleurs, la pé-da-go-gie. Ca veut dire que personne ne doit empêcher "l'é-pa-nou-lli-sse-ment de l'enfant". Et moi, je veux faire plaisir à mon papa, je veux m'é-pa-nouill-ir. Alors j'y vais à fond, je cours partout, je saute, je crie, je rigole, je tire des trucs, je coupe des trucs, je porte des trucs, je mange des trucs. J'aime bien les trucs. Parfois j'ai l'impression que papa est fatigué. Il tousse beaucoup d'ailleurs, depuis quelques temps. Remarque c'est vrai que passer sont temps à expliquer à ses "amidefac" comme je suis heureux quand je hurle à deux heures du matin, ranger tous mes trucs et faire Homer Simpson trois heures par nuit, ça doit le fatiguer, papa. Faudrait que je lui dise, d'ailleurs, qu'il a pas besoin de me faire tous ces longs discours en regardant les amidefac. Parce que moi, je sais bien qu'en fait, quand il me court après parce que j'ai cassé un truc, ça veut dire qu'il est super fier de moi. Mais bon, peut être que ça lui sert aussi à ne pas se faire gronder, lui, par ses amidefac qui ne comprennent rien. C'est qu'il est fort, mon papa. Mais c'est décidé, je vais faire lui faire une surprise pour l'aider. D'ailleurs c'est pour ça que je t'écris tout ça. Donc voilà. Si tu cherches un peu de compagnie pour les vacances, et pour après, pour toute la vie même, que tu habites à au moins 200 km de Paris, que tu t'ennuis et que tu apprécies les stages de survie en milieu hostile, n'hésite pas à nous acheter, moi et mon papa. On sera super content de venir te pourrir tes nuits égayer ton quotidien." |
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Références de l'annonce : Mise à prix : 2 euros (négociable*). Le pack comprend : Erwan, Homer Simpson et un sirop pour la toux. L'acheteur vient chercher l'objet. Possibilité de livraison en cas de réponse sous 24H (coups de pieds aux fesses avec accusé de réception uniquement). Articles non repris ni échangés, en aucun cas, jamais. Prévoir reprise en main éducation (x2) *articles soumis aux articles 16-1 et 1128 du Code civil relatifs à la mise hors du commerce du corps humain, possibilité de paiements échelonnés ou gratuité selon dossier. |
![]() |
Note : on a vraiment hâte de venir te voir, alors appelle nous vite! |
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| 19 février 2009
: Métro...nome Tu l'as peut
être remarqué, toi internaute parisien (heu
pardon, "francilien") : tu es de plus en plus accosté pour
"donner". Mais, comme 95% de tes congénères,
c'est inévitable : tu n'as pas le temps, tu ne souhaites pas
qu'on t'empêche d'arriver à l'heure à
ton rendez-vous d'il y a dix minutes, tu n'aimes pas les
bêtes, tu n'aimes pas la politique, tu n'aimes pas les
façons d'aborder de Greenpeace, tu n'aimes pas
qu'on affiche 5 gosses et deux chiens pour essayer de t'attendrir, tu
n'aimes pas qu'un gosse de 20 ans et plein de vigueur trouve normal de
mendier, tu aimes bien la Croix Rouge mais tu n'aimes pas qu'ils te
demandent des sous.
Par dessus tout, tu n'aimes pas être mis mal à l'aise dans le métro par ces démarcheurs que tu connais tant : - le poête rapeur, vingt-cinq/trente ans généralement, qui clâme haut et fort (très fort) des vers qui te rappellent fermement l'enfer du ghetto, les problèmes de la sociétéééééé, sans oublier la "crise, qui défrise, et toujours elle te vise"©. Toi, tu ne peux hélas t'empêcher de "viser" ses basket Puma et son polo Ralph Lauren (ou Lacoste). - la chanteuse "d'avant", une cinquantaine d'années, et qui ne s'est pas rendue compte qu'elle chantait, effectivement, peut être bien mieux avant. Mais elle a une dent contre Edith Piaf, et elle te le confie bien volontiers : "non, rien de rien, non je ne regrette rien". Au final, elle irrite tes oreilles et te fait décrire un quart de cercle t'évitant d'entrer dans "l'oeil du cyclone" (encore qu'il parait que c'est l'endroit le plus calme, au coeur de la tempête). Tu te dis que c'est triste, quand même, tous ces efforts vocaux pour faire fuir les gens. - le prophète, quarante ans, qui a vécu tout un tas de choses horribles. Qui était comme toi avant, bien au chaud, avec sa femme, son labrador, sa machine à café Nespresso. Puis qui a vu sa vie basculer, et qui maintenant a l'obligation de venir te demander de l'aide. Puis qui ajoute que n'importe qui peut se retrouver dans son cas, surtout toi madame, et toi petit. Pas toi par contre, le gros barraqué. Non d'ailleurs toi tu es tellement au-dessus des autres que je ne vais même pas te demander un quelconque argent. Par contre toi, le jeune qui regarde par la fenêtre, toi ça va t'arriver, c'est inévitable, tu te crois fort mais tu vas finir comme ça. T'es gonflé d'ailleurs de refuser de donner alors que je te prédis l'avenir, en toute amitié. - la malchanceuse, quarante à cinquante ans, qui regrette que les foyers soient fermés l'été, pleins l'hiver. Ca fait trois ans que ça dure, qu'il faut se serrer les coudes. Alors elle te demande poliment une petite pièce. Enfin jusqu'au moment où elle se rend compte que le "magicien de l'instrument" est en train d'exécuter son oeuvre. Là elle se tait, elle réfléchit 4 secondes. Puis elle se met à hurler, que c'est un monde ça, de se piquer "son" métro par l'autre bouseux et son acordéon. Ha. - le magicien de l'instrument, quarante ans généralement. Il joue trois morceaux, ni plus, ni moins. Clarinette (et assimilés) ou acordéon. Evidemment il a son répertoire. Mais surtout il a son tube à lui. Ecoute bien : Et puis, quand il se fait agresser par la "malchanceuse", il ne répond rien, il se contente de sortir du métro, et d'attendre le suivant, tandis qu'au même arrêt, l'autre se propulse jusqu'au wagon suivant. Alors tu regardes ce monsieur, assis sur le banc du quai. Il te regarde aussi. Il te fait un signe d'incompréhension de la tête et un sourire, tu lui réponds à l'identique. Tu te rends compte à quel point son visage t'est sympatique et franc. Alors tu te promets qu'à chaque fois que tu le croiseras, lui et son tube, tu lui donneras quelque chose. Et tant pis si tu ne peux pas le piffer, son tube entêtant que tous ses confrères magiciens te martèlent à longueur de journée. Tu lui donneras parce que tu en as envie, selon le principe du libre choix, pas de la charité. Tout en maudissant l'inventeur de la valse musette, évidemment. |
| 14 février 2009 : la
conscience pour loi Ils pourraient se
lasser, mais non. Chaque
nouveau round est plus
sanglant que le précédent. Ici, à
gauche, dans le
coin
rouge, la joyeuse équipe des Progressistes
Eclairés et
leurs "bande de fascistes", "ne retournons pas aux heures les plus
sombres de notre histoire" ou encore "La France est en retard"
(d'ailleurs si elle continue, on va la licencier, cette conne).
Là, à
droite, dans le coin bleu, la très sérieuse bande
des
Moralisateurs, et leurs phrases star : "c'est de l'assassinat", "c'est
si facile de se débarasser des problèmes comme
ça"
et autres "vous n'avez pas le droit de vous substituer à
Dieu"
(qui se retrouverait dès lors sans emploi, au
côté
de la France).
Pourtant les fervents combattant de l'ombre obscurantiste et nos gardiens de la morale le prônent, haut et fort : "il faut une loi". Haaaa!! La loi. Cette belle règle de droit et sa grande collection de chaussures. On l'avait déjà vue dans ses petits souliers pour "régler la grande question de l'avortement", ou dans ses gros sabots pour expliquer que certaines informations historiques devaient absolumment être légitimées, sisisi. Mais alors, quelle paire va t'elle utiliser pour règlementer la mise à mort d'une personne, lorsqu'elle le demande, lorsqu'elle ne dit rien, lorsqu'elle refuse? Déjà, et c'est une chance (ouf!), elle enfournera ses rangers coquées pour ceux qui voudraient mettre à mort ceux qui ne veulent pas. Vous pouvez donc dormir tranquilles, au pire, en cas d'erreur judiciaire, vous n'irez que croupir 30 ans en prison. Par contre, disons-le tout de suite, elle va avoir du mal à les choisir, ses escarpins, pour son week end "parlons de l'euthanasie". Peut être d'ailleurs que c'est logique, en fait. C'est qu'elle aurait tendance à hésiter, la loi, à tirer un trait bien droit sur un sujet valloné et tortueux. Essayez donc de faire tenir un malade en phase terminale suppliant qu'on l'achève, un malade incurable demandant à mourir dans la dignité, un père face au coma de sa progéniture, depuis plus d'une dizaine d'années. C'est évident, là, nos chers amis bleus et rouges vont se précipiter. Les rouges : "mort digne", "libre-choix". Les bleus "la vie est sacrée, point", "c'est de l'égoisme, point d'exclamation". Voyons voir. C'est assez peu contestable, me semble t'il : la vie est sacrée en effet, et comme telle, elle doit être à mise à l'abri des machinations et des erreurs humaines. Soit. Peut être une des raisons qui aurait poussée notre pays à l'abolition de la peine de mort. J'adhère
aussi assez au
droit au libre choix et à la mort digne. D'ailleurs c'est
bien,
depuis pas mal de temps déjà, le suicide n'est
plus
pénalement réprimé (on ne
traduit plus le
macchabée en justice ou, plus
précisément, on ne
roule que rarement la famille dans les ennuis judiciaires,
même
si l'enquête judiciaire devant établir le suicide
leur
jetera un bon coup de suspicion dans la tête, aux familles).
Donc
finalement, si j'en ai marre et que vous me faites tous chier, je peux
me jeter sous la ligne 13 du métro parisien. Elle a
déjà tant de problèmes qu'on ne le
remarquera
pratiquement pas (et puis je n'aime pas l'air blasé
du
chauffeur). Moins grandiloquent, je pourrai avaler tout un tas de
cachets ou regarder mon couteau de cuisine autrement. Ce sera mon
choix, certainement très con, mais MON choix.
Mais alors si je suis vieux et incapable de bouger, malade et paralysé, dans le coma, trouillard ou désireux d'avoir une mort organisée en évènement ? Non parce que là effectivement il FAUT que la loi intervienne. C'est que vous comprenez, il faut qu'elle me laisse mourir comme je le souhaite, quand je le souhaite. Il ne faut pas par contre qu'elle me laisse mourir quand je ne le souhaite pas, déconnez pas, hein! Ha, et puis quand je ne dis rien, que je ne peux pas, il faut qu'elle dise si on doit me tuer ou pas. Elle a beaucoup de chaussures, la loi, elle en a bien une pour marcher dans ma tête non ? Alors c'est certain, pour régler ça, on peut pondre une loi. Du genre "non on ne tue personne", "oui on les tue tous", "oui alors on tue ceux-là, ceux-là, pas ceux-là, ceux-là non, ceux-là oui, c'est bon on a tous les cas". On aura une "sécurité juridique" en ce sens qu'on saura quoi faire, mécaniquement, dans tel ou tel cas. On peut aussi imaginer un système plus souple qui partirait du principe qu'on ne règle pas un problème touchant le coeur de l'individu dans une loi unique anonyme. On pourrait dire qu'on souhaiterait juste de la loi qu'elle pose un cadre raisonnablement rigide et sécurisé. Tiens, elle pourrait déjà dire, comme cela existe en matière d'adoption et de garde d'enfant, que les choses sont décidées par la personne concernée ou, en cas d'impossibilité de lui demander un avis fiable, dans le respect de ses "intérêts". Vous dîtes? oui mais concrètement qui décide de ses intérêts? allez, soyons fou, imaginons que les base du Code civil concernant les incapables mineurs et majeurs dise un truc là-dessus : le tuteur, autrement dit, souvent, un membre de la famille, qui décide. Pour faire plus classe et surtotu plus adapté, on va l'appeler "personne de confiance", qui serait nommée par la personne lorsqu'elle va bien, ou à défaut constituée de sa famille. A ce stade, les bleus plus que les rouges ont incinéré l'auteur. L'argument du "fils aux dents longues et avide d'héritage" et de l"égoiste qui ne veut pas s'encombrer" est brandi, ces gens là ayant visiblement de bien tristes liens familiaux, tout en confiance. Petit retour aussi du "si on n'est pas certain, qu'on choisit à la place de l'intéressé, de toutes façons, c'est de l'assassinat". Enfin, le petit ami du patient est dégouté de ne pas faire partie de la famille, juridiquement parlant, car il ne pourra rien dire. Les rouges trouvent ça plutôt cool, mais vont déchanter par la suite. Déchanter pour deux raisons : La première est que tout ce petit monde n'aurait droit au sifflet que dans certains cas exceptionnels (état avancé d'une maladie incurable, phase terminale...), avec une interprétation stricte à la clé. Dans les autres cas, on se ficherait de l'avis du malade ou de sa famille, on foncerait droit dans les traitements bien lourds, pour un but simple et stupide : le sauver. Tant pis si c'est contre son gré, il n'avait qu'à pas rater son suicide. La seconde est que, comme dans tout domaine où la loi laisse une marge de manoeuvre, un système de contrôle existerait. On supposerait déjà un contrôle humain de la "personne de confiance", qui serait censée avoir une conscience, un coeur, et la connaissance de la personne dont elle est responsable, mais serait en plus sera entourée, pour arriver à uns structure collégiale. Disons aussi que l'argument : "mais il m'avait dit qu'il souhaiterait mourir dans ce cas" ne sera pas l'alpha et l'oméga de la décision, pour faire plaisir aux craintes des bleus et aussi parce que ça change tout le temps d'avis, les gens. A la limite un écrit de "directives anticipées" du principal concerné, mais qui devrait remplir tout un tas de conditions (pas trop vieux, pas trop récent, écrit dans un style personnel, signé selon des critères précis....) pourrait avoir une place majeure dans la décision et même surpasser l'avis de la personne de confiance. On suppose ensuite un contrôle médical (deux, pour faire plaisir aux bleus qui ont un bac +8 en conspiration) avec des médecins statuant, avec leur savoir, sur l'état médical du patient. On dirait que ces gens ont le devoir de se concerter entre eux et de se concerter avec la personne de confiance avant tout choix. On suppose enfin, un contrôle judiciaire, dans le cas où tout marcherait super mal, que tout le monde suspecterait tout le monde, que la personne de confiance dirait n'importe quoi, que toute l'équipe médicale serait bourrée. Au final, ça donnerait un peu ça : l'équipe médicale fait tout pour sauver le patient. Si vraiment ça s'annonce mal, elle n'agit pas sans consulter la personne de confiance qui elle-même se plie au choix du patient le tout sous contrôle de la famille voire d'un juge en cas de doute. |
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![]() C'est bien
là toute la question...
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Bon
allez, j'avoue : elle est bien compliquée
à mettre en oeuvre, la loi Leonetti.
Mais elle a l'avantage de transcrire en langage juridique un
cadre de conscience pour les "situations extrêmes"
tout en y préservant une place pour
le subjectif, l'humain (avec une option surveillance par le
"collégial"). Alors évidemment, tout n'est pas sécurisé. On n'est pas à l'abri d'abus de toutes natures. On laisse aussi la porte ouverte, entre-ouverte en fait, à une mise à mort légitimée, au travers d'un renoncement au soin au profit d'un accompagnement à la mort. On pose des notions très fines et extrêmement difficiles à apréhender qui peuvent faire pencher la balance à gauche ou à droite. On se garde par contre, et c'est bien là le principal, de poser par la loi une vérité générale, de prendre la place du patient ou de sa famille dans un choix difficile qui leur revient. On place la vie au centre des préoccupations, par principe. En cas de situation considérée comme désespérée et d'état déjà grave du patient (avec le lot d'erreurs que ces notions impliquent), on respecte le choix d'un mourant, ou on essaie de l'interpréter au mieux. Et pour ça, on peut dire qu'elle est quand même bien, la loi Leonetti. |