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13 mai 2011 : prends moi pour un jambon : comment ne pas choisir son artisan cuisine ?

L’artisan local :

« Allo ? C’est vous qui voulez changer votre meuble évier de cuisine ? Oui alors je n’ai pas vu la pièce mais ça me semble simple donc je le prends votre chantier. A vue d’œil comptez le prix des matériaux + deux demi journées au forfait…je calcule ça…non vraiment c’est très raisonnable. Je peux même essayer d’adapter la plomberie si vous le souhaitez, il n’y aura plus qu’à faire vérifier le système ».

Punition encourue : le « forfait de base » : 200 euros de matériaux, 600 euros de pose.

Note : en cas de vérification par l’artisan local pour la plomberie, voir aussi la « misonorme ».

Le meilleur ami :

« Changer un meuble évier de cuisine ? C’est un petit chantier ça, pas certain que je prenne. Enfin comme vous aller avoir du mal à trouver autrement,  je vais quand même voir pour vous proposer un devis, en prix d’ami, mais il faut que tout le matériel soit acheté préalablement et présent sur place. Hors frais de plomberie, et sans les travaux éventuels d’électricité car on sait pas faire ça nous, hein ».

Punition encourue : le « Rah les amis » : 100 euros de matériaux, 700 euros de pose, rajouter la vérification plomberie (voir la « misonorme »).

Le méthodique :

« Oui nous assurons la pose de votre meuble de cuisine acheté chez nous, mais sous réserve d’une pré-visite diagnostique à 90 euros, pour nous rendre compte. Mais rassurez vous le prix de la visite est déduit du prix du chantier si vous persévérez dans le choix de notre société».

Punition encourue : le «  En attendant Ulysse » : 6 jours de délai pour la visite. 7 heures d’attente le jour J pour 3 minutes de visite et quelques froncements de sourcil. 6 jours d’attente pour devis définitif.

Punition supplémentaire pour en cas d’acceptation du devis : « le malentendu » : idem « forfait de base » (juste rajouter 200 euros par froncement de sourcil) et 400 euros de frais de mise en conformité de la plomberie (en sus, évidemment, car « les normes vous savez »).

Le normatif :

« Vous savez, ce qui serait bien, au-delà du projet, ça serait de rétablir la pièce dans les normes. »

Punition encourue : la « misonorme » : 300 euros de frais, « mais c’est vraiment au minimum minimum de la conformité, attention ». En cas de recours préalable à l’artisan local ou au meilleur  ami, doubler le tarif (« holala mais c’est quoi ce bazar de charcutier, ha ben il faut tout rfaire là ! »).

Le super flexible :

« Moi je fais simple : vous choisissez votre forfait, selon le temps que vous estimez nécessaire pour la pause, comme ça  pas de surprise et parfaitement adapté à vos besoins. 200 euros de l’heure, tout simplement ».


Ha ça doit être celui-là....
Punition encourue : le « Paco Rabanne » : éclatement du forfait, consternation de l’artisan : « mais monsieur, vous n’avez pas vu qu’avec tout le travail à faire, ce forfait de 4 heures ne pouvait pas suffire ?? ».

L’insaisissable :

« ok  je vois. Bon écoutez je regarde de mon côté et je vous appelle pour voir tout ça ».

Punition encourue : la « chasse à l’homme » : 15 euros de frais de téléphone. Pas dispo, pas là, en réunion, parti pour une urgence, capturé par les FARC, décédé, merci de rappeler plus tard.

Après 5 semaines de harcèlement, prise de rendez-vous (voir « en attendant Ulysse »).

Le couteau suisse :


« Ha mais NOUS msieur, nous avons TOUTE UNE GAMME de meubles éviers et d’options, vraiment il n’y a qu’à choisir, msieur. ».

Punition encourue : le « tronche de con » : « ha oui mais celui-là c’est un nouveau modèle on l’a pas encore en stock, msieur », « celui-ci, msieur, c’est une fin de série ça ne se fait plus », « très bon choix celui-là, msieur, mais on est en rupture », « ha tiens oui celui-là on l’a m’sieur, mais heu…ha non pas dans votre taille ».

Punition encourue en période de soldes : « deux minutes, msieur, je finis avec la mdame et je reviens ». Départ bredouille au bout de 30 minutes. (note : le corps du vendeur est découvert deux jours plus tard la face coincée dans une des cuvettes « spécial déstockage fin de séries ». La police conclut à la thèse de l’accident domestique.).
Le tentateur :

« Non pas grand chose à faire, effectivement. Juste à poser le meuble et raccorder la plomberie aux normes. Bon évidemment, dans l’idéal, on rénoverait toute la pièce. Mais bon c’est vous qui voyez si c’est raisonnable. Sachez juste que j’ai pas mal de beaux ensembles à vous proposer pour pas très cher ».

Punition encourue pour l’économe : voir « en attendant Ulysse ».

Punition du succombant : le « jmefaisplaiz » : 1200 euros de meubles, 300 euros de « déconstruction » (défonçage complet) de l’ancienne pièce, 200 euros de réparation du mur et de rachat des carreaux, 1000 euros de main d'oeuvre. 4 mois à manger des pâtes crues sur le sol en attendant la fin des travaux. Entrée en bourse de Bolino.



....gagné!
L’agence tous risques :

« ho vous savez généralement je ne fais pas ce genre de chantiers, mais bon je vais quand même le prendre, ça m’a pas l’air bien sorcier ».

Punition encourue : l’ « armageddon » : inondation, étonnement de l’ouvrier. Mort de l’ouvrier (violence ayant entraîné la mort sans intention de la donner - 3 ans de prison, 20 000 euros d’amende). Appel en panique du normaliste pour réparer la fuite d’eau qui se répand dans tout l’immeuble. Commentaire du normaliste : « non mais vous savez, vous  auriez du confier ça à un professionnel, c’est pas ça qui manque par ici ».

Mort du normaliste.






6 avril 2011 : les cons ont mis du zèle

Il y a quelques années de cela, et sur la base de l’observation de mon papi perso vu de mes yeux de gnome, départager plusieurs courants politiques semblait se résumer à trois choses :

- trouver le gentil, qui nationalise et met en exergue les valeurs françaises.

- mettre la honte au méchant, qui non seulement n’a pas su conserver l’Algérie, mais a tout de même été assez con pour qu’on se farcisse les algériens.

- finalement voter pour le Front National, avec ses super idées politiques de pointe.

Aujourd'hui, pas sûr que mon papi, pourtant si fervent admirateur des regards de verre déformants, tiendrait la même ligne directrice. Ce n’est pas l’envie qui lui en manquerait, hein, mais il est pratiquement certain que son pragmatisme l’amènerait aujourd’hui à constater qu’on ne nationalise pas avec des caisses vides, qu’on ne parle plus en mal de l’Algérien sans se faire mordiller le séant par le MRAP et qu’un programme politique, aussi mirobolant soit-il, ne vaut plus grand-chose sans un programme économique bien ficelé.

Partant de ces constats, on ne s’étonne guère de la place grandissante prise par les ministères économiques, financiers et autres niches de gestion budgétaire. On salue la place politique grandissante de la Cour des comptes et autre Conseil d’Etat dans ce domaine. On respecte l’intervention de la matière économique jusque dans les entrailles du droit de la concurrence, droit qui par définition même est…économique.

A ce petit jeu, le grand gagnant est donc l’économiste en herbe, passé progressivement du statut de filet de merlu surgelé dont on ne sait pas trop quoi faire à celui de guide suprême des intérêts nationaux. Ce faisant, le merlu est devenu dorade, se permet de manger un peu à tous les râteliers et en vient même à se sentir pousser du zèle.

Aussi, comme le sentiment de fierté nationale (« fier d’être Français »), les volontés de solidarité (« ensemble, tout devient risible possible ») et autres promesses détergentes (« La France qui agit, la France qui protège »), l’économiste devient une marque, une pépinière à idées  nouvelles, un aimant à électeurs qui ne comprenaient déjà pas grand-chose à la politique d’avant, mais qu’on espère bien définitivement planter avec la politique de maintenant. Faire voter les aveugles a toujours été tellement plus simple.

L’on s’attarde donc à maquiller des programmes politiques mal fichus avec des beaux graphiques empreints de réalisme et d’espoir :


...mais j'aime plumer les gens bons
Premier postulat, incontournable et qui traverse les âges : les caisses sont vides. Oui parce qu’il est crétin d’espérer fixer l’objectif d’un programme économique (te choper des sous) en clamant que le cochon est plein, que l’impôt est trop cher et qu’il est temps de tirer profit des sacrifices passés.

Reste toutefois à relancer la dynamique commune de l’effort, et faire le lien avec les 27 tentatives précédentes. Deux arguments :

1- NON, les « quelques premiers pas évidemment fructueux » (sauf si réalisés par l’opposition, déconne pas) doivent être la base de nouveaux « efforts de chacun » (tu vas payer), seuls aptes à permettre une potentielle (vague) amélioration de la  qualité de vie pour tous « à terme » (après ta mort).

2- OUI, la France est en retard (ouf, on a pu le caser), avec ses tarifs de transport privilégiés et ses tarifs énergétiques bien en-deçà des tarifs des pays voisins. 

Et tant pis si le pays d’inspiration n’a pas la même structure sociale ou fiscale et que les habitants des régions frontalières françaises refusent l’avantage français en faisant leurs courses en allemand, espagnol, belge, italien et même suisse dans le texte. 

Pour le moment, il s’agira donc principalement d’une légère hausse du gaz, de l’électricité du train et de l’Internet (+8% chacun), avec promesse d’une baisse substantielle (-0,07%) du prix des panneaux solaires pour inciter à la migration (énergétique). Car l’économie aime l’écologie.

Mais il serait injuste que le programme économique touche tout le monde de la même manière. 

Surtout, il serait regrettable que les  projets économiques des différents partis POLITIQUES soient superposables. On rigole donc de voir chaque représentant politique s’adosser à son poulain économiste « perso » et déclamer, l’œil humide, les grands fondements économiques de demain :

- le fondement économique de gauche, justifiant désormais économiquement (simplicité de réforme fiscale) qu’il est nécessaire de taxer les hauts revenus (qui n’attendaient pas du tout que ça pour utiliser lesdits revenus et se barrer en Suisse) ou de faire payer à ces ingrats de propriétaires fonciers un impôt sur le revenu locatif (fictif) de leur appartement, afin de glaner de quoi mettre en place une allocation minimale universelle et promouvoir des mécanismes novateurs. Comme l’extraordinaire système de la « propriété temporaire » d’un bien immobilier, seul apte à faire payer aux propriétaires un loyer à l’Etat rétablir l’ordre social et une politique tarifaire saine dans l’immobilier (la preuve, Londres l’a mis en place, youhou!).

- le fondement économique de droite, prenant le contre-pied du précédent et déclamant qu’aider l’individu revient à aider l’entreprise, seule désireuse d’investir pour réduire ses couts de production favoriser l’emploi. Tellement désireuse qu’il ne s’agit pas de la vexer ou de la contrarier dans son œuvre, si bien que des suppressions/baisses inconditionnelles d’impôts sont nécessaire pour démontrer toute la confiance du pays dans sa philanthropie.

- le fondement économique des extrêmes….qui doit cuver dans un coin sombre.

On rigole aussi de voir que, sur les ruines d’un populisme juridique éventé, à base d’un fait divers = une loi, l’on en est venu à sacraliser un populisme économique dégradant.
Tondre,oui, mais dans le sens du poil!
On rigole moins en comprenant qu’il est fortement possible que ces systèmes soient effectivement mis en place, et qu’un impôt « puliste » coute bien plus cher qu’une loi d’affichage à la con.





28 mars 2011 : les jiho des mariés 10 : Partie 5 - perdus dans les olives

A l'aube du sixième quatrième jour, il flottait à Cordoue comme un parfum d'excitation. Cette vigoureuse sensation, qui aurait parfaitement pu saluer notre capacité extrême d'adaptation en milieu hotelier hostile (dénué de tout équipement d'étendage digne de ce nom), résultait en fait du miracle qui s'était promis de s'accomplir : la transformation de deux innocents touristes en véritables pilotes et copilotes de choc.

Cet abandon lâche du réseau ferré espagnol, pas forcément souhaitée, se posait en fait comme un mal nécessaire afin de fluidifier le reste de notre périple et plus particulièrement pour rejoindre notre prochaine étape : Jaén, située en pleine montagne (là où les trains, non dotés de petites cornes et de sabots rageurs, peuvent parfois ne pas aller).

Pour rendre doux ce passage à la vie routière, l'agence Avis locale avait soigneusement mûri la sélection de notre titine locale, et nous avait finalement confié Ibiza, douce compagne et véritable fierté nationale de son état. En pratique, la belle, relativement fougueuse mais particulièrement maniable, avait eu tôt fait de nous mettre à l'aise, constituant dès lors une compagne particulièrement valorisante sur le terrain de jeu routier qui s'offrait à nous. 
Nous avions d'ailleurs rapidement constaté à quel point la maniabilité d'Ibiza allait se révéler vitale (mais non suffisante toutefois) pour se dépatouiller d'un réseau routier à la conception stratosphérique, avec ses feus rouges sortis de nulle part, ses sorties d'autoroutes surprises et ses petits cadeaux vicieusement placés. Tout ça pour dire qu'après une bonne demi-heure passée à identifier la sortie de Cordoue afin de rejoindre la Autovia (autoroute gratuit, au contraire de l'autopista, payante), nos efforts conjugués nous avaient mené ici, nous signifiant par là-même que le trajet allait gagner en typisme ce qu'il allait perdre en vélocité. Il nous avait fallu deux heures trente pour rejoindre la ville.

Enfin sur place, les promesses alléchantes du guide bleue allait vite fondre comme neige au soleil, et un rapide tour du centre ville confirmait que le seul monument digne d'intérêt était la cathédrale, magnifique certes, mais tout de même un peu seule pour mériter un tel détour. Heureusement, la chance du jeune itinérant étant avec nous, nous avions pu nous retrancher au Parador de Jaen, aménagé au sein de l'ancien Alcazar de la ville, lui-même situé, fort logiquement, en surplomb de la ville.
La bonne info

L'Espagne est le premier producteur mondial  d'huile d'olives, et concentre 80% de ses oliveraies en Andalousie.

Les récoltes, réalisées vers novembre, n'empêchent pas les touristes égarés de cotoyer toute l'année des panoramas surrealistes le long des routes des heures durant.

Il n'est donc pas faux de dire que la plus belle surprise de Jean repose finalement dans son Parador, qui non content d'offrir aux résidents son lot de vues vertigineuses, dispose d'un excellent restaurant et autres équipements luxueux. L'apothéose restant très évidemment le petit paradis intégré à l'hotel, livré avec sa piscine et son lot de touristes cosmopolites, sur fond de secheresse et de cagnard extrême.

Un paradis articiciel certes, mais assez inattendu et revigorant pour laisser son empreinte particulière dans le voyage.

Faire son bourgeois, ça fait parfois du bien.

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21 mars 2011 : les jiho des mariés 10 : Partie 4 - dis papa c'est quoi une mosquathédrale?

L'on installe rarement une gare TGV en plein milieu du centre historique. Sur la base de ce raisonnement, il était donc logique de traverser de grands boulevards presque sans intérêt, de manquer se faire écraser pas de grosses SEAT lancées à fond de train et de maudire sa valise à roulette bien trop lourde sous ce lourd cagnard avant de finalement apercevoir quelque élément prometteur. Mais une fois passés les remparts, le vrai visage de Cordoue se décidait enfin à se montrer.

Constitué d'inombrables ruelles, aussi typiques que labyrinthiques, le centre historique de Cordoue semble la réponse architecturale idéale à la chape de soleil planant sur l'andalousie. C'est donc sans déplaisir que nous rejoignons notre hotel en plein coeur dudit centre, et avec un réel plaisir que nous admirons la vue qui nous est proposée depuis notre chambre : vis à vis avec la Mezquita, ben tiens.

Disposant de trois jours pour arpenter la ville, nous mettons rapidement notre équipement touristique en mode "Andalousie" avant de nous lancer d'une spécialité locale : le patio andalou. L'Alcazar et la Mezquita nous attendront bien un peu.

I Pationnant

Sur la mode "Kinder surprise", rien n'est plus agréable, de visite dans une ville, que de "pousser la porte" pour être surpris par le charme local. Et si le coeur de Cordoue ne réserve que peu de terres vierges inconnues des touristes, la population locale a su voir, dans la valorisation de ses patio auprès d'amateurs de tous bords, une aubaine à ne pas laisser passer. Avec son fan club officiel!

Chaque nouvelle ruelle est donc l'occasion d'observer, outre une rigueur architecturale sans faille (à quelques détails près), un lot de patios hétéroclytes batis selon l'humeur et les goûts du propriétaire d'antan. Libre à chacun de juger et de trouver son favori parmi les très nombreux candidats.

Au détour de petites place, il est aussi temps de rencontrer les stars historiques locales. Et si les représentations de Maimonide, disséminées çà et , nous rappellent incontestablement notre fidèle Sliman (brave pilier de la SCEP), le tour du centre offre un véritable dépaysement, fort de ce "mixage" de civilisations qui a pu caractériser Cordoue. Petite méditation, et c'est reparti pour l'Alcazar.
II Alcazar : leçon de jardinage

L'Alcazar de Cordoue, premier visité d'une longue lignée d'Alcazar (= palais en Arabe) ou d'Alcazaba (petite forteresse), reste certainement l'un des plus sophistiqué en terme de jardins, si l'on excepte bien évidemment l'Alhambra voire l'Alcazar de Seville (le comité touristique étant toujours en discussion à ce sujet).

De fait, si la muraille extérieure et le comité d'accueil  laissent augurer du meilleur, l'architecture du palais en elle-même a tendance à se fondre dans l'espace et vaut surtout pour la vue imprenable qu'elle peut offrir sur les environs. Côté jardin, l'eau est maîtresse des lieux, rendant l'endroit propice à quelques photos de carte postale. Le parc, très rigoureusement entretenu, habille parfaitement le bassin principal, et il n'y a guère que quelques réfractaires à délaisser l'harmonie d'ensemble pour des jeux d'eau autrement plus quelconques.

A l'heure de quitter les lieux, après une visite finalement assez rapide, un seul regret : le manque d'un véritable intérieur architectural "qui pète" à Cordoue.
La bonne info

Pour les personnes désireuses de bien éliminer leurs repas "fritos" de la journée, Cordoue propose  un hammam-sauna en plein coeur de son centre ville.

Outre les prix très raisonnables (rare), le hammam est ouvert le soir et se situe dans un véritable site historique de bains arabes.

III Mezquita : 50%  mosquée + 50% cathédrale = 100% qui pète

L'on ne peut pas dire que l'on ne s'attendait pas à être bluffé, mais il a tout de même été question d'une grosse claque en sortant de ce monument  magistral. Avec un seul regret toutefois : que la permission exceptionelle en Espagne de prendre des photos d'intérieur ne nous ait malgré tout pas permis de proposer un diaporama rendant véritablement justice au lieu.

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18 mars 2011 : les jiho des mariés 10 : Partie 3 - le (long) pélerinage du mazapàn

Le matin du grand départ pour Tolède, et le réveil allant avec, nous avait bien fait comprendre à quel point nous adhérions aux valeurs de notre consigne de chambre d'hotel.

Sur le chemin de la gare d'Atocha, pourtant pas bien loin de Sol, notre valise roulante sur nos traces, il avait été difficile de ne pas évoquer le confort de l'hotel, et l'imbattable rapport qualité-prix. Mais l'envie de visiter la citadelle nous avait fait troquer notre nid douillet pour la promesse de longues heures de marche, et le confort du "train dragon" de la Renfe (places confortables, film gratuitement diffusé, écouteurs individuels) donnait encore à notre côté bourgeois la faculté de s'exprimer pleinement.
Après une heure dix de train, nous avions ressenti quelque tristesse à ne pas connaître le sort de Sidney Young du "un Anglais à New York" diffusé en version espagnole non sous-titrée. Mais cela avait finalement été une bonne chose (une recherche faite plus tard en France nous ayant démontré que le début du scénario n'avait pas vraiment été compris, nous condamnant de fait à ne rien piger à la fin de ce grand film d'auteur, cqfd).

Arrivés sur place, le caractère de citadelle de Tolède (mais pas de sa gare de train) nous avait donné un aperçu des festivités, qu'il fallait toutefois se donner la peine d'aller chercher. Car, disons le sans détour, Tolède, en ce qui concerne sa partie historique, c'est avant tout (et surtout) ça, et parfois, pour le chanceux qui sait regarder autour de lui, ça (voire éventuellement ça).

De fait, Tolède est une véritable cité fossilisée, où se mêlent, comme cela sera souvent le cas dans la région, des oeuvres aux origines particulièrement variées sur fond météorologique sec et pas forcément hospitalier de prime abord. 
La bonne info

Le Mazapàn de Tolède est une préparation de type pâte d'amande qui fut mise au point par les Nonnes de Saint Clément pour se protéger d'un siège des arabes au XIIIe siècle.

Aujourd'hui, c'est une  friandise sophistiquée et très consommée à noel par l'ensemble des Espagnols.
Le centre de la ville (tout en haut :-) abrite ainsi plusieurs petites synagogues, une grande mosquée (en travaux à notre passage), une cathédrale, un Alcazar et un monastère...

Tolède se surprend donc à proposer, pour une ville qui apparaitrait aujourd'hui comme une petite ville (80 000 habitants), une architecture léchée du sol au plafond parsemée d'oeuvres monumentales (dont le monastère de San Juan de los Reyes, diaporama disponible ici, est l'exemple parfait). Le tout sur fond de ruelles labyrinthiques au nom parfois évocateur et de panoramas nocturnes particulièrement attrayants.

Surtout, la ville, bien qu'enhahie par des hordes de touristes et proposant son lot de magasins touristipiques ou de "resto frito", reste largement occupée par des locaux aux préoccupations bien concrètes. Autant d'artisans qui entretiennent la réputation de la ville. Les créations en "or de Tolède" sont ainsi disponibles à chaque coin de rue, tout comme les articles en faience. Une petite ballade en ville permet d'identifier la troisième grande spécialité de Tolède : le Mazapàn, confiserie aux multiples variétés et fortement appréciée tant par les touristes que la population espagnole. Une spécialité servie dans le petit café de "las monjas", portant bien son nom et qui constitua notre retraite principale durant tout le séjour.

A l'heure du départ, nous bénéficions donc d'une vision claire du coin :  Tolède n'est pas une ville à touristes, ni un fossile historique à la gloire passée, mais une véritable petite mine d'or ayant trouvé les ressources pour se faire une belle place contemporaine.

Il restait deux boites de "surtido de Mazapàn" pour nous convaincre de poursuivre le trajet sans s'attarder un jour de plus.

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14 mars 2011 : les jiho des mariés 10 : Partie 2 - capitale del sol

Madrid est indéniablement une ville attrayante, d'autant plus d'ailleurs pour le blasé parisien et ses idées préconçues sur la suprême magnifiscence de la ville lumière. Le trajet en métro pour rejoindre le centre à partir de la gare donne d'ailleurs le ton : rames modernes, desserte complète, hygiène impeccable, places assises à foison font que, sans nul doute, les quelques 3 500 000 habitants madrilènes feraient bien des envieux dans une
autre capitale pas si lointaine.

Quelques pas dans la ville confirment que les quatre jours d'escale prévus seront pleinement nécessaires pour découvrir Madrid et quelques pépites de sa région.

I Le centre : Sol

Une fois dans le centre, la fameuse plaza del sol (que l'on évoquera en disant "plassa" et non "pladza" sous peine de fâcher le natif) s'impose rapidement comme LE lieu incontournable. De fait, cette place, véritable place névralgique (et commercial) du centre piéton  madrilène, reste logiquement noire de monde à toute heure. Pour l'observateur intéressé, cette place, bien que proposant quelques pièges culinaires locaux à éviter à tous prix, sonne comme une chaleureuse invitation à découvrir le rythme de vie local.  Investie  tant pour le petit déjeuner (entre 10h et midi) que pour les apéros (entre 12h et 14h) et autres déjeuners sur le pouce (entre 14h et 16h), la place sert de point de rendez-vous privilégié aux adeptes de festivals nocturnes de tapas (petits plats individuels typiques) et raciones (= tapas maous costauds), de 21h à plus de 2 heures du matin. Dès lors, entre les séances photos devant l'emblême de la ville, les spectables ambulants de toutes sortes et les groupes de touristes, il n'est pas rare de vouloir glaner un peu d'air et de rejoindre les rues adjacentes, emplies d'une multitude de petites terrasses où des touristes anglais terminent leurs desserts à côté d'une table d'hispaniques entamant leur seconde tournée de "cervezas" pré-dinatoire.

Mais plus qu'à la qualité de ses ballades gastronomiques, Sol doit son succès touristique à son positionnement privilégié entre les grandes attractions architecturales de la ville. C'est ainsi que la place permet de rejoindre assez rapidement les majors que sont le "palacio real" et le "parque del buen retiro" (détaillés ci-après), tandis qu'une translation un chouia (voire deux chouias) plus longue permet d'admirer la Plaza des los torros et son arène ou l'incontournable basilique San francisco El Grande.

Bref, à condition d'être un minimum courageux (et de respecter les horaires de visites pas toujours très clairs), tout se rejoint à pied à partir de Sol : que ce soit à grand coup de ballades dans des rues typiques (chemin vers le palacio ou la basilique), ou de grands boulevards (chemin du parque et de la plaza), le métro pourtant impeccable de la ville reste bien moins attrayant qu'une escapade au soleil dans les rues immaculées de la ville, bien que laissant parfois apparaître une certaine fierté nationale. La coupe du Monde 2010 a laissé des traces.

II Le Palacio real

Après quelques déambulations, qui montrent à quel point il peut être facile de se perdre dans une grande capitale lorsque l'on n'a pas le sens de l'orientation, le tumulte des petites rues cède rapidement la place à la démesure, lorsque une place immense vient séparer un cathédrale imposante (la cathédrale de la Almuneda) du Palacio proprement dit.

L'occasion de ressentir à mes côtés une certaine effervescence, preuve de l'intérêt particulier du lieu. Et si le "no foto" disposé à l'entrée interdira à quiconque de témoigner par ses propres faits photographiques de l'extraordinaire aménagement intérieur du Palacio, les quelques vues imprenables prises ça et peuvent témoigner de l'intérêt ressenti à l'égard de l'édifice, bien plus impressionnant (tant en terme de qualité de visite que de finition artistique) que d'autres palais précédemment visités. Comme le château de Versailles, pour ne citer que lui.
La bonne info

Le symbole de Madrid, la statue "l'ours et l'arbousier" , est situé sur la plaza del sol.

L'utilisation de la figure de ces symboles serait tout simplement due à leur forte présence au moyen-age.

A noter que sur le dos de l'ours figurent des représentations des constellations de la Grande Ourse et de la petite Ourse.

III El parque del buen retiro

La découverte des grandes avenues menant au parc, même moins typique que le cheminement jusqu'au palacio, permet quelques égarements de la rétine. De belles façades aux équipements insolites à la traduction incertaine, le chemin offre même une petite vue sur quelques pépites avant l'arrivée à destination.

A l'entrée du parc, la quasi-absence de coins ombragés invite rapidement le marcheur à s'enfoncer au coeur du lieu jusqu'au lac central, orné de son édifice central et de ses buvettes à touristes (bocadillo, jamon serrano y queso). Là, prenant exemple sur la faune locale rompue à l'exercice, le mode farniente est de rigueur, tant pour le marcheur accompli que pour la marcheuse invétérée

Un effort supplémentaire permet de rejoindre un jardin botanique évoluant au gré des fortes chaleurs, jusqu'à atteindre le très planqué palacio de crystal, que l'équipée touristique a décidé, à l'unanimité, de plus considérer comme un aboutissement de ballade que comme véritable centre d'intérêt architectural.

Sur le chemin du retour, dans un véritable sous-bois façonné par l'homme livré avec ses bestioles sympatiques, force est de constater que le Parque del buen retiro constitue un véritable palais de verdure dans le centre ville, où il fait bon roucouler et qu'on aimerait bien ramener chez soi.

IV Lapothéose : el Escorial

Il faut du courage pour se lever de son lit à l'aube après trois jours de marche, même pour aller visiter LE monument espagnol. Il en faut encore plus quand l'on sait qu'il faut pour rejoindre ledit monument, environ 40 minute de métro et 1H de bus régional, et que le temps est propice à l'arrosage de touristes.

C'est pourtant dans ces conditions, et avec un apareil photo en fin de batterie, que l'équipée touristique s'est rendue sur place. Du fait des problèmes de batterie et du "no foto", une seule et unique photo mais trois commentaires :

- Un coup de gueule tout d'abord vis à vis des promoteurs immobiliers qui ont proprement saccagé les alentours de l'Escuriale pour bâtir tout une floppée de lotissements façon "rose bonbon". Moche, minable, le mauvais côté de l'immobilier espagnol.

- Un autre coup de gueule ensuite sur la qualité des restaurants locaux, touristiques certes (bocadillo, huevo frito, paella....) mais d'une qualité hygiénique plus que douteuse, à base d'indigestion et de sensations pas très enviables.

- Mais quand même un grand respect pour l'oeuvre que représente l'Escuriale. Imposante à l'extérieur, fascinante et raffinée à l'intérieur, entre ses quartiers d'habitation agréables mais plutôt austères (à l'exception des appartements de Felipe II bien évidemment) et le contraste avec  les luxueux des lieux de culte (notamment la chapelle et le patio principal).

Sans nul doute l'apothéose du séjour madrilène, malgré l'insurrection gastrique locale.

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