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Comme la légende de l’arche
de Noé, nous nous réveillons après un
véritable déluge, qui a duré pendant la nuit
complète. Toutefois, en lieu et place d’une branche
d’olivier amenée par une colombe, c’est un petit
déjeuner qui nous appelle par l’intermédiaire de
notre hôte. Au menu : du typique local pour les
parents (mange ton maquereau en sauce), du «
occidentalisé » pour les enfants.
Tandis que la partie parentale découvre que le mini-flan caramel destiné à faire passer le poisson est du tofu sauce soja salée, le grand défi se situe en face, dans les yeux de deux enfants qui découvrent l’omelette saucisse salade de choux à 7H du mat, agrémenté de pancakes natures : c’est grand l’occident les gars, on aurait dû vous prévenir. Le temps de finir les sacs, de tailler la bavette avec notre hôte adorable en ressortant notre franglonais aussi efficace que non académique, et de demander au petit de bien vouloir avaler le pancake qu’il traine dans sa bouche depuis 10 minutes d’un air dégouté, et nous voilà partis vers le parc de Nara, via un détour vers le marché du coin (sympa, mais sans particularité notable). L’avantage du jour : le typhon a découragé le touriste d’arriver tôt, et le daim est donc fin prêt à échanger avec nous (surtout avec notre petit qui rumine toujours son pancake). Avant même d’apercevoir le panneau « visuel » des avertissements d’usages (en gros : attention le daim a faim, le daim défonce ton sac, le daim défonce ton gosse ou ta mémé si elle s’accroche à son sac), l’animal s’annonce donc, multiple : il y a celui qui traîne au milieu de la route devant le parc, façon PVQCLM de Casablanca (mais avec une petite queue en panache), celui qui a remarqué ton sac à main, ou celui qui machouille une carte postale dans un magasin dont le malheureux propriétaire a oublié de fermer la porte. Surtout, à la faveur des échoppes ambulantes qui vendent du « deer food » (galettes de biscuit de base vendues universellement à 150 yens les 6 dans tout le domaine), il y a le petit teigneux, celui qui a appelé ses 9 meilleurs potes pour courser et détrousser un américain gloussant. Un gars à l’intention pourtant naive et touchante qui pensait pouvoir distribuer tranquillement ses galettes à son chouchou-daim devant femme et enfants avant de comprendre que sortir toute sa réserve de biscuits aux yeux de tous ne pouvait qu’entraîner un effet de « transfert », le même qui te permet de revenir des quartiers nords de Marseille avec ton caleçon pour seul compagnon. Pour éviter ces nombreux écueils à notre progéniture, nous nous lançons dans un cours de survie en milieu artiodactyle. 3 règles de base afin de conserver dignité et sous-vêtements : 1) de face tu devras rester, en toutes circonstances. C’est assez difficile au départ, car le réflexe de base reste celui de la protection des castagnettes, ou de la fuite pure et simple. Pourtant, à la lumière des nombreux exemples environnants, les petits comprennent que la position latérale ou « dorsale-hurlante » s’interprète chez l’animal comme un aveu de soumission, entraînant un effet de poursuite qui voit généralement un bois ou une dent de daim arriver dans ton appendice le plus proche. La position « cible » est donc rapidement adoptée, même si la confiance en l’autorité paternelle n’empêche pas quelques larmes de couler à l’approche de l’animal. 2) dominer tu devras : l’objectif est d’expliquer que l’offreur de gâteau est non seulement une personne digne de respect (cf supra) mais aussi LE dominant, qui doit donc se positionner comme tel. N’est pas dominant, par exemple, cette dame sympathique qui essaie de récupérer le contenu de son sac à main malencontreusement prélevé pendant une distribution de biscuits un peu trop empirique. Le point ici est donc de maintenir, TOUJOURS, la bête à bonne distance en apposant la main (celle non occupée par le biscuit hein) sur la tête de l’animal, avec une limite rapidement identifiée par la question de notre grand : « mais papa comment il va faire le monsieur là bas avec les huit daims qui l’entourent ? » (avant d’observer un combo arrachage de bas de chemise, cabrage et grignotage de fesses qui évite la fourniture d’une réponse par trop évidente). 3) d’être con tu éviteras : la règle complémentaire « fourre-tout ». Celle qui te rappelle par exemple que la règle de domination ne marche pas avec le chef de meute, aka le « go daim » (pas Jean-Claude) qui a plein de bois pour maraver les djeuns’, qui larve généralement sous un arbre en ruminant sur la vie et qui s’en tape de tes biscuits vu qu’il mange en premier tout ce qu’il veut (donc celui-là, tu ne le fais pas chier, point). Sur ces bases saines et
universelles, nous voilà donc à arpenter
sereinement le parc en long, en large et en travers, par un
soleil à peine voilé qui contraste avec la nuit
précédente. Une virée verte salvatrice
entrecoupée Ce sera toujours ça de pris, à défaut d’obtenir quoi que ce soit dans les cinquante prochaines années. |
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