Japan tour - day 12 : Kyoto day three


Ultime jour à Kyoto. Cette fois, pas d’excuse  : ce n’est pas le jour de fermeture, ce n’est pas la fête des morts, ce n’est pas hors des horaires prévues, donc direction le palais impérial. Un petit extra de rattrapage qui ampute sur notre programme du jour. Histoire de pouvoir déambuler tranquillement et enchaîner ensuite, comme prévu, sur le sanctuaire Fushimi Inari et ses 1000 toriis (et 10 000 touristes au m²), nous partons à l’aube, comme des ados prêts à tout pour obtenir une place pour le dernier concert de ACDC. Les 20 minutes à pieds et nos retrouvailles avec les gravillons sont presque émoustillantes (presque hein, faut pas déconner non plus). Nous fonçons droit vers le petit cabanon qui borde le château pour récupérer quelque documentation sauf que….non. Notre homologue (admirablement poli, il ne sait sans doute pas qu’il va perdre la vie) nous annonce que pour cause de «  typhon en approche  », Krosa de son petit nom, le palais n’ouvrira pas aujourd’hui. Il faudra, peut être, revenir demain. NON, NON, et NOOOON. Demain nous serons à Nara mec, demain nous devrions caresser de la bichette de nos doigts délicats, probablement en mode amphibie au vu de la météo. AUJOURD’HUI, pas de typhon, même le site japonais de la météo le dit  : «  éventuellement un épisode de pluie en fin d’après-midi  ». Rien de plus. Mais tout cela restera évidemment dans nos têtes, et seul un petit «  arigato, mata ashita  » (merci monsieur, à demain monsieur) sortira de nos bouches.

Nous rebroussons chemin à travers ces excroissances caillouteuses gonflantes tandis en croisant ça et là des groupes de touristes enjoué,s que nous ne pouvons pas tous avertir de la déception à venir. Pas de ACDC, place à Frances Labrêle, d’autant que ce petit extra avorté nous a bien placé pour une entrée «  sardine en boîte  » dans l’un des lieux les plus visités de Kyoto. Par acquis de conscience, nous retournons à notre hôtel et demandons à notre hôte, Akira sensei (désolé de nos mésaventures à répétition) que le Fushimi Inari est bien ouvert. Confirmation, même si une interdiction au public pourrait être décrétée à partir de 16H (le sanctuaire est, sinon ouvert au public, de jour comme de nuit). L’homme sage ajoute qu’il a entendu dire que le réseau JR pourrait lui aussi être stoppé aux environs de 16H (date d’arrivée du typhon au-dessus de nos têtes), et qu’il serait peut être conseillé d’arriver à notre prochaine destination et de nous y calfeutrer avant cet horaire.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous voilà à la descente de notre train vers Nara (notre destination «  finale  » du jour), en direction du Fushimi Inari. Comme prévu, tout le contenu du train, sauf peut être le conducteur, descend là, pour rejoindre la saupiquet party organisée au pied de la grande déesse Inari (déesse shinto du riz, à ne pas confondre avec Kyubi, le renard à neuf queues, qui te reprend ton bol, te crame, et t’inflige 200 épisodes de Naruto pour ta méprise de béotien). A l’approche des premiers Torii, alors que nous donnons nos recommandations d’usages à la génération future, et expliquons le concept du site, une question fuse  : «  mais papa, si on doit monter avec tous ces gens le long de 1000 to iri (toRII fils, sinon ça fait zoo d’ile de France, bon bon laisse tomber), l’escalier doit être long non  ?  ». Ok un point. Il est donc rajouté que oui, l’escalier est un peu long (4km en montée, mais ils ne savent même pas mesurer leur taille alors bon…) mais que c’est super sympa, qu’il y aura des petits renards à photographier tout le long, et que peut être tous les gens d’ici n’auront pas envie d’être entassés là-haut. Arguments validés, nous voilà partis dans la meute, entourés de toriis de toutes tailles, mais toujours rouges, et quasiment toujours en grande densité. Une densité qui ne reflète pas celle de nos compagnons de route, puisque la dégoulinante du début tend à s’étioler, à se raréfier, jusqu’à se transformer en un goutte à goutte arrivé à mi-étape. Américains, coréens et bon nombre d’européens largués (à l’exclusion des italiens et des français, parce que nous on a les Alpes, ouaip), nous redoublons d’efforts et de photos rigolotes tout en motivant nos troupes qui évoquent l’état de leurs pieds en faisant remarquer que l’honneur de la France est en jeu, qu’il est impensable de couiner.

Un peu moins de deux heures après notre lancée, nous voilà au sommet, non sans avoir emprunté quelques culs de sac (charmants) et admiré un lieu définitivement spécial, à l’aura vraiment très particulière. Il faut maintenant expliquer que «  tout ce qui se monte se descend  », mais la prudence de base nous impose de distribuer notre réserve de lait de coco avant cette annonce, comme le ministre du budget attendrit la viande avant d’annoncer les nouveaux barèmes d’imposition. De retour, triomphants, après 45 minutes de descente, nous retrouvons nos américains pendus aux shimenawas (cordes tressées généralement munies d’une clochette, utilisées dans le rituel de prière) des sanctuaires du bas, prêts à orner les rayons charcuterie des combinis. Nous laissons cette vision indigente derrière nous, préférant le souvenir serein des hauteurs mystiques du lieu. Le train pour Nara arrive juste, notre esprit est fin prêt pour un peu de verdure. Quelques gouttes de pluie éparses rafraichissent même l’atmosphère. De vraies chochottes ces gens du palais impérial.

L’arrivée à Nara se fait sans encombre, et nous découvrons notre chambre chez l’habitante totalement conforme aux palais visités, en mode mini  : des couloirs extérieurs, bordés de baies vitrées, puis des cloisons intérieurs coulissantes qui découvrent des pièces en tatamis, dont notre splendide chambre. Notre hôte nous indique qu’elle préparera le petit-déjeuner, voire le dîner en mode traditionnel. Nous décidons donc de repartir quelques dizaines de minutes retirer quelque argent et faire les nécessaires provisions de base au combini du coin, un peu plus paumé qu’à l’accoutumée. Courses faites, nous constatons que les petites gouttelettes se transforment progressivement en cordelettes, puis en cordes, aptes à détremper notre plan et nous faire perdre la trace du chemin parcouru.

Las, nous constatons qu’il est 17H30, qu’Akira sensei devrait travailler chez Météo France, et que nous errons désormais à la recherche d’un plan mural pour retrouver où nous sommes. Quant ce dernier daigne se montrer, après 10 longues minutes à arpenter les quelques artères principales de la ville, nous l’analysons dûment, frappés par une pluie rude, uniquement troublés par un bruit de toux rauque derrière nous. Nous retournant en sursaut, nous voyons un homme souriant dans sa voiture, fenêtre ouverte, un parapluie tenu à l’horizontale dans sa main. Le «  for you  » finit de nous expliquer sa démarche. Tandis que nous nous saisissons de l’objet à grand renfort de «  arigato  », l’homme réitère son sourire, ferme augustement sa vitre en reprend son chemin l’air de rien, quitte à risquer de se faire enguirlander par sa femme pour avoir cédé un objet si précieux dans ces circonstances. Abrités, nous finissons par retrouver notre route et finissons d’observer les trombes d’eau déferler sur la ville, bien au chaud sous notre couette. Nous avons une dette envers un japonais, et une grande reconnaissance aussi.

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