Laicité : quand la loi changera nos couches

En échos à l’excellent article d’Artemise disponible ici

Novembre 2010 : fait divers, a priori vu et revu : une salariée, en l’occurrence employée dans une crèche, se fait licencier pour faute grave pour avoir refusé de retirer son voile (le règlement intérieur prônant visiblement très clairement l’interdiction de ce type de signes).

Du classique donc, avec jurisprudence établie et rapport limpide des autorités compétentes sur le sujet : simple conciliation entre liberté de conscience et intérêts de l’entreprise à établir in concreto, avec une analyse du poste de la salariée et de sa visibilité par rapport aux « clients » à déterminer, pour savoir si oui ou non cette interdiction se justifiait.

Sauf que….

Sauf que, depuis quelques mois, la direction de la HALDE a changé. Le respectable Louis Schweitzer, ex-président de la Halde, a laissé place à la jeune Madame Jeannette Bougrab, visiblement polémiste accomplie et adepte des déclarations politiques façon « nouvelle époque », à base de « vide juridique » et de « il faut une loi ». Soit, il ne s’agit là que de payer les carences que pose notre système éducatif, à vouloir remplacer l’apprentissage rébarbatif et long des savoirs par la maîtrise d’un esprit critique vide, qui ne peut pas critiquer grand-chose au final.

Force et donc de constater que l’actualité donne l’occasion de « remettre à plat » la place de la liberté de conscience, et de la liberté de religion notamment, au sein d’une société qui, bien que peinant à se rappeler du contenu et d l'objectif de la loi de 1905, prône haut et fort la laïcité, ici, là-bas, partout….surtout partout. Une laïcité « à la française » bien entendu, car « comme chacun le sait » (® Frédéric Lefebvre), le Français sait mieux que tout le monde ce que devrait être la laïcité.

On ne prend donc pas la peine de lire la définition du mot « laïque » (qui donne, selon le valeureux site de l’internaute, serait : « qui est indépendant de toute confession ») et on proclame haut et fort que la France, est, grâce à la super loi de 1905, une « république laïque », enfin.

Conséquence simple, claire, limpide : l’Etat ne doit plus favoriser ou s’afficher comme prônant une religion. « Chic, chic » pensaient les politiques de l'époque, ça fera autant de gens de moins à payer, et autant de polémiques d’évitées.

Sauf que Nicolas et Jeannette sont arrivés, depuis.

Nicolas a cru faire fort en lançant le sujet de l’identité nationale, à base de réflexions visant à permettre à chacun de reprocher quelque chose d'horrible réalisé par son bien indésirable voisin. Bide quand même, mais bien essayé.

Il s’est fait suer à rédiger une loi interdisant le port du voile islamique dans l’ « espace public » (rédigeant au passage une loi qui sera amenée à saouler tout le monde en interdisant, de la manière la plus large possible et sauf exceptions spécialement listées, de se dissimuler le visage).

Il a nommé Jeannette en tant que Présidente de la HALDE.

Il n’a pas compris quand les putois de gauche ont crié au scandale, à la manipulation, au mépris du « pacte républicain » (même s’ils ne savent pas vraiment ce que c’est).

Il n’a surtout pas compris quand les putois de droite se sont eux aussi mis à brailler, lorsqu’il s’est mis en tête de rendre une petite visite à Benoit, Pape de son état.

Aujourd’hui Jeannette ne comprend pas plus les divers tollés provoqués par son intervention.

Mais que se passe t’il donc ?

Ce qu’il se passe, c’est que, progressivement, la « laïcité à la française », réinjectée à grand coups médiatiques et instrumentalisée pour exploser en pleine face de certaines communautés, est en train de pourrir complètement le système.

L’on veut lutter contre une immigration bien utile pour construire des routes mais un peu trop visible : il faut donc une loi pour rendre tout cela invisible, plutôt que d’assumer le fait que l’immigration a aussi le droit de vivre comme elle veut.

L’on veut protéger notre mamie qui a fait la guerre d’Algérie contre le risque de ne pas savoir faire la différence entre un service public et les personnes qui travaillent à l’intérieur. Il faut donc interdire les noirs à la Poste.

L’on veut préserver nos chères têtes blondes, gavées de publicité gores ou sexy, du mauvais chemin idéologique : il faut donc une loi pour interdire la différenciation ou la surprise partout où il serait susceptible de la voir, plutôt qu’encourager une éducation par ses parents.

L’on veut protéger l’image de marque de son entreprise, ou son poste au bureau : il faut donc pratiquer l’auto-censure plutôt que d’avoir à se justifier sur le plan idéologique devant un parterre de bienpensants.

Maintenant, tant qu’à utiliser la laïcité pour imposer un athéisme visuel et offrir un beau visage lisse aux touristes (et à bébé), autant interdire les arabes dans les Eglises (beurkkk), les décolletés dans les rues (hoooo) ou les capuches dans les cités (zwiiiip).

Pour ma part j’en resterai à regretter le moment où le contexte historique pouvait faire que la loi était érigée principalement par des gens en ayant bavé et souhaitant installer et pérenniser des droits fondamentaux jusque là hors d’atteinte. Des gens qui ne se contentaient pas forcément de chanter des principes de valeurs le dimanche matin pour les oublier le dimanche soir, et qui pouvaient écrire, en quelques simples lignes :

Article XI DDHC 1789 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Préambule constitution 1946 : Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés.

Peut être d’ailleurs leur présence derrière le stylo du législateur donnerait plus de « gueule » aux lois actuelles….


Il faut parfois passer outre certains a priori pour rendre posible la vie en communauté

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