| Il faut environ 14 heures pour relier
Paris à Madrid. Mais attention : je ne parle pas là d'un voyage
barbare en classe" affaires", dans un de ces gros avions polleurs
dirigés par l'une de ces compagnies au nom suspect. Non. Ici, on
respecte la nature, on aime prendre son temps, on apprécie le
paysage et surtout....on craint à mort de prendre l'avion. Dès lors que tout cela est
compris, on n'est pas surpris de valider un billet ferroviaire à
presque trois fois le prix aérien, et on se console vite en se
demandant ce que l'on va prochainement ressentir en passant du
réseau ferré français au réseau ferré espagnol. Il faut en
effet savoir que, l'Europe n'ayant pas toujours adopté la
normattitude qui la caractérise aujourd'hui, les "Etats membres"
n'avaient que faire à l'époque d'adapter les caractériostiques de
leur réseau ferré à ceux de leurs proches voisins (à se demander
d'ailleurs s'ils s'en soucient plus aujourd'hui, mais bref). C'est
donc comme cela que nous nous sommes retrouvés, et nous retrouvons
encore aujourd'hui, avec un écartement de rails français qui n'a
pas grand chose de commun avec l'écartement espagnol. Le grand jeu
étant donc de savoir si notre train allait se rendre compte de
cela avant de se retrouver les deux motrices en l'air et la loco
encastrée dans le mur de l'exaspération.
Tout ça pour dire que planait,à
l'heure d'embarquer, comme une certaine excitation à l'idée de
découvrir l'astucieuse solution mise au point par les ingénieurs
ferroviaires, sans changement de train non non non, et tout en
douceur (précision non négligeable, sachant que le "grand passage"
devait s'opérer à quelques deux heures du matin).
En attendant cet illustre translation, il était l'heure d'embarquer et par là-même de découvrir la notion de train couchette (mi-couple), via la très espagnole société Ellipsos. |
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| Une
belle occasion de repréciser notre définition du mot "spartiate",
tendrement coincés dans les quelques 5m² d'une cabine "toute
équipée", c'est à dire munie d'un lavabo
table de nuit et de couchettes superposées habilement
dissimulées, mais déblocables uniquement à partir de 22H ("et
pas avant, discute pas" dixit le monsieur du train). Autant de façon de nous dire "va donc boire un coup au bar", ce qui n'était finalement pas une si mauvaise idée, histoire de reprendre des forces et de nous glorifier de notre espagnol parfait face à un personnel castillan particulèrement serviable et désireux de nous signifier habilement notre parfaite maîtrise de la grammaire et de la prononciation espagnoles. Mais le temps passait vite : la découverte du sandwich "jamon serrano y queso" n'était pas encore finalisée que nos couchettes nous tendaient leurs bras arides et cotoneux, confirmant les promesses de rigidité vertébrale et grincements metalliques entrevues au départ. Un régime de faveur dont nos voisins directs, empilés à quatre dans leur compartiment "family" de 7m², profitaient encore plus pleinement. |
La bonne
info Ellipsos
est
une société co-possédée par la SNCF et la Renfe (société
ferroviaire espagnole).
Pour permettre le passage entre le réseau ferré français (écartement 1435 mm) et espagnol (écartement 1668 mm), les trains sont dotés d'essieux à largeur variable, le changement d'écartement se faisant sur une portion spécifique de voie appelée "cambiador". |
| Le sommeil nous gagnait donc
progressivement, et le trajet jusqu'à Madrid se déroulait sans
encombre. A une exception près toutefois vers 2heures du matin, du
fait de cette douloureuse sensation d'entendre un train se
faire torturer pendant près de 20 minutes, comme écartelé entre des
rails trop larges pour lui. Le moment qu'il aurait sans doute fallu choisir pour saluer le travail des ingénieurs espagnols et de leur système de translation de réseau ferrovière tout confort...à une burette d'huile près! |
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