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Le printemps était revenu avec
son lot de migrations et de projets inattendus.
La candeur ambiante nous avait conduit à considérer, en un bel après-midi, l’opportunité d’investir dans quelque chose de plus beau, de plus grand, de plus près (bref : de « plus mieux »), et de nous lancer en repérage d’une éventuelle migration vers une maison. Bien évidemment, notre nature posée et réfléchie avait permis à notre réflexion de murir tranquillement le concept de « petits déjeuners en terrasse » et de « jardinage bucolique » de manière à ne pas succomber béatement à la première promesse d’agence immobilière ou au premier panonceau estampillé « à vendre ». 9 jours plus tard, coincés entre notre agent immobilier et nos « vendeurs » lors d’une séance de signature de compromis, nous avions su, en gérant avisés, remettre en question nos qualités de gestionnaires avisés et réfléchis. Mais bon, avec son prix de vente (bien fleuri à la base mais si fortement revu à la baisse), son petit jardin, son sous-sol prometteur, son positionnement idéal, cette migration impromptue était parfaitement justifiable nous étions nous dits. Et cette réflexion avait été bien suffisante pour nous permette d’apposer quelque gris-gris sur une feuille de papier sans trop de ces remords qui peuvent assaillir le lemming qui a réfléchi 3 heures au sens du vent avant de sauter en parapente sans parapente. S’était donc insinuée cette douce période pré-migratoire de deux mois généralement laissée aux acquéreurs pour honorer l’engagement simple pris dans leur compromis, à savoir réunir une somme suffisamment conséquente pour pouvoir exécuter la clause « paiement » du document. Cela impliquait, malgré la désinvolture saisonnière, de rester vigilant et de mener à bien quelques actions chirurgicales. Concrètement, cela consistait concrètement (i) à aller voir bubu le banquier pour transférer notre crédit actuel (fastoche avait dit bubu) sur notre nouveau nid et (ii) à terminer dans les temps quelques menus travaux consistant à arracher quelques 150 m² de papier peint tout en les remplaçant par quelque chose de plus « frais » (peinture, crépi, peau d’ours ou de petits pandas…) et à recouvrir de petits cailloux le futur bien nommé « jardin de derrière ». Tout partait donc radieusement sur fond d’invitation d’amis fouisseurs et de commandes de galets via l’ami Jardiland. De quoi assurer, pensions nous, un été de cotonneux à souhait. Mais l’été a ses humeurs, et il devait être écrit quelque part que l’épanouissement estival des uns allait entraîner immanquablement la pleine fientisation de la face des autres. C’est ainsi que notre banquier espiègle, pris dans la joie estivale et la promesse de vacances prochaines, avait souhaité entamer très tôt sa mue en buse royale des tropiques, empilant erreur de dossier sur erreur de dossier, retardant les échéances pour finalement opérer sa migration estivale à 10 jours signature définitive, ni plus, ni moins. Le cri d’alarme que nous avions émis suite à cela nous avait alors révélé un spectacle bancaire de choix, empreint de conseillers de remplacement, bébés busards désemparés, virevoltant au hasard du vent et des instructions de busards seniors afin de transformer notre dossier aux forts relents de fiente de mouette en beau paquetage de fumier sexy apte à séduire papa busard. Loin de toute cette agitation bureaucratique, force serres d’aigles amicales s’étaient déjà mises à l’œuvre pour gratter, humidifier et arracher rageusement ce vieux papier peint orange des années 90 (imperméable, cela va de soi) pour le remplacer par un peu de sobriété bienvenue. Côté jardin, haro avait été lancé sur une meute impressionnante de pissenlits venus embraser l’innocent terrain, forçant l’équipée à mener une guerre sans merci à base de « Round Up spécial herbes résistantes », dans l’attente des 50 sacs de 25kg de galets aptes à enterrer l’ennemi une bonne fois pour toutes. |
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Le jour de la
signature, le
dossier bancaire bouclé et les travaux quasiment
finalisés, nous avions cru pouvoir respirer un temps.
C’était certainement sans compter le dindon de nos
déménageurs
à utiliser notre absence d’une heure pour provoquer
une guerre de tranchéeshystérique avec notre nouveau
voisinage, à base piaillements vains sur les place
de stationnement et le principe de respect du travail
d’autres truies, le toutfinalement sublimé par
l’inévitable chant « fientique » :
« jme
pose là, et jt’emmerde ».
Titre de propriété en main, réfugiés dans les murs, nous avions attendu le soleil levant, et la promesse d’une journée nouvelle, sans dindon, mouette,buse ni busard. Une journée toute simple à peine troublée par la douce cigogne Jardiland venue nous livrer nos sacs de galets comme autant de nouveaux nés. A ceci prèsque les 50 sacs de 25kg, aisément transportables, s’étaient mués en un seul sac monstrueux d’une tonne, trônant au milieu de la chaussée. La cigogne sedéfendant bec et ongle : « vous savez, ce genre de conditionnement unique, c’est traditionnel ». |