| Après une période légale floue et une recherche d’appartement « à l’arrache », ma compagne et moi avions enfin gagné le droit d’avoir « notre chez nous ». Plus de coloc tournante, plus d’illégalité, un vrai bail, rien que pour nous. Enfin plutôt juste pour elle, les propriétaires ayant (officiellement) jugé irrecevable la demande d’un stagiaire juriste sans caution autre que le loca pass (à Paris, quelle blague !) à figurer sur un acte de location. | |
![]() Un beau specimen de "champi juridicus"
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Qu’importe, nous allions disposer
de 32m² en plein Paris XIV, un appartement « remis à neuf », entouré
de commerces, et à un prix raisonnable (800 euros par mois CC). Il s’agissait
potentiellement d’un « cadeau du ciel », et j’allais rapidement
l’attraper alors même que mon habitude était de me méfier de ce genre de
cadeaux (tant le cadeau du ciel habituellement connu a tendance à « tremper
son monde »).
Nous n’avions pas tardé, d’ailleurs, à (dé)chanter sous une pluie de sinistres et à nous confronter aux problèmes particuliers des derniers étages d’immeubles populaires du début du siècle. Coup sur coup, nous avions donc découvert ce que panne du système d’insonorisation d’une cheminée de restaurant pouvait signifier en matière de décibels et de perte de sommeil, ce que revêtait le terme « absence totale d’insonorisation entre murs de chambres à coucher mitoyennes » ou ce qu’impliquait la notion de « fuite du toit dans ton salon ». Le summum avait été atteint lorsque, au hasard d’un rangement de placard mural, la découverte d’un mur entièrement moisi et empli de champignons avait été faite. Cette pluie de sinistre avait sonné le début d’une grande saga judiciaire. La première grande saga judiciaire « perso » de ma carrière. |
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Car si les relations avec le
restaurant avaient pu rapidement se solder, moyennant deux mises en demeure, un
remplacement de système d’aération et quelques réductions offertes sur les
menus, et que des relations amicales entre voisins avaient pu permettre de
pallier à un mur peu hospitalier, les problèmes inhérents à l’appartement
allaient être autrement plus compliqués à solder. Il ne s’agissait pas là, en
effet, de convaincre des tierces personnes de bonne foi de nous aider, mais de réclamer
à des personnes ayant un intérêt pécuniaire tout particulier à faire traîner
les choses et à ne pas répondre à réaliser de gros travaux (en gros, réfaction
d’un mur pignon poreux et réinstallation d’un système de ventilation de
l’appartement totalement inefficace) pour des vices évidemment connus mais non
déclarés à la signature du bail.
La voie du tribunal s’était donc finalement révélée indispensable pour convaincre ces agents immobiliers au costume impeccable mais aux compétences anémiques et un propriétaire qui tenait à soutenir que les problèmes de l’appartement étaient fictifs et/ou le résultat d’actions de malveillance de notre part (jet d’eau sur les murs pour cultiver les moisissures et crises d’asthme…). L’action devant le tribunal, finalement menée à bien (il n’est pas difficile de gagner lorsque on loue l’appartement des schtroumfs), n’avait malheureusement pas eu les retombées attendues. Malgré la signature d’un engagement de réalisation de travaux et l’octroi de confortables dommages et intérêts, la réalisation desdits travaux allait encore traîner, et les réactions du bailleur et de l’agence rester inchangées, à base d’eau sur les murs et de malveillance. Il avait donc fallu réitérer l’expérience judiciaire, avec un nouvel accord et de nouveaux dommages et intérêts, et réitérer encore la chose pour obtenir une baisse durable de loyer dans l’attente de travaux prochains (depuis plus de trois ans). Finalement, devant une nouvelle attente, le déménagement. Tant mieux, nos situations avaient changées et il était temps de songer à s’agrandir, dans la paix, loin des tribunaux. Resterait au propriétaire à passer un coup de peinture, et à prier très fort que les nouveaux locataires ne soient pas soucieux de leur confort. |
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