Worlds appart - listes d'attente


Le temps avait changé. Affublé désormais d’un contrat avec de belles pages, un beau titre, de belles lignes et de belles signatures, et marié à une belle et gracieuse fonctionnaire, j’étais désormais une « proie prioritaire » pour tout propriétaire digne de ce nom. Le locataire dont j’aurais peut être pu rêver pour mon appartement en fait. Quoique non, à la réflexion, je n’aurais pas pu choisir de louer à un avocat. Pas au nom d’une volonté d’entuber le naïf, non, mais au nom d’une simple question de protection face au droit, qui peut servir à défendre aussi bien qu’à pourrir son monde.

De cette réflexion, et au milieu de toute cette fierté de paon prêt à se prostituer pour remporter des murs vides j’avais donc ressorti une petite appréhension dans mon dossier : celle de voir mon titre, fortement relié au corps juridique, assimilé à celui des « gros casse burettes ». Tant pis, m’étais-je dit, je serais une prostituée pour clientèle avertie…et cela aurait au moins le mérite de faire fuir les proprio-requins.

Nous nous étions donc relancé à l’aventure, avec cette assurance relative. Dans un sursaut d’orgueil, nous avions même accepté de verser deux billets de cent euros à une de ces agences qui vous vendent l’accès à des listes d’appartements dans les termes idylliques suivants.

« vous savez, avec nous, pas de frais d’agence. Vous payez une fois une petite somme pour accéder aux annonces, puis vous visitez et vous vous arrangez avec le propriétaire. Pas d’autres frais d’agence à la signature. On met la liste à jour très régulièrement selon vos critères. C’est un système gagnant gagnant, vous trouverez en quinze jours. Signez ici ».

Et nous avions signé en cœur cette offre promise comme pourrie, mais parfaitement légale (vérification faite). Nous avions pris connaissance de cette liste aguicheuse et de ses mises à jours nettement moins « youpikai ». Nous étions même allé jusqu’à nous rendre à une visite, au cours de laquelle, dans la stricte continuité de ce système d’exploitation de la misère humaine, nous nous étions retrouvé avec cinq couples d’étudiants face à une personne nous expliquant que « pour cet appartement, on demande de verser deux loyers d’avance et un dépôt de garantie de deux mois de loyer ». A la question « mais vous savez que la loi ne permet pas cela, que le dépôt de garantie ne peut s’élever qu’à un mois de loyer ? », la réponse avait fusé : « oui mais la loi fait du social, et trop de social devient anti-social ».

Je m’étais alors surpris à un long monologue sur l’honnêteté, la morale, le lien intuitu personae entre le locataire et le propriétaire et pour finir les possibilités d’action  des locataires face à ce genre de pratiques. 


Payer pour une liste d'annonce ou la caisse rapide de l'immobilier
M’éloignant, je regrettais un peu ma sortie. Je ne donnais pas cher d’un changement de moralité de l’agence, mais je m’inquiétais : la partie pédagogique de mon discours allait-il aider ou pénaliser ces étudiants dans l’acquisition de ce logement ? Mais l’étudiant sait se battre, et je me résignais à ne plus trop y penser.

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