| Nous
nous étions retrouvés face à face, harassés
et gisant sur le sol. Deux jours pleins de bâchage de sols,
ponçage de murs, peinturlurage de portes et nettoyage de
surfaces avaient ainsi eu raison des derniers soubresauts de dynamisme
qui nous restaient. Et s'il était clair que
l'aménagement de notre "nouveau chez nous", fraîchement
rénové, méritait bien quelque
émerveillement, nous étions plus préoccupés
pour l'heure à repenser au "grand chantier" des derniers jours,
dignement mené par nous et notre "matériel de guerre". Il faut dire que nous n'avions pas lésiné sur la "qualité du matos". C'est là une erreur de débutant, évidemment. Désireux donc de ne pas ramer outre mesure dans nos travaux, nous avions conjointement décidé de nous équiper de "ce qui se fait de mieux", entendre par là les trucs recommandés par les copains et n'ayant pas causé de catastrophe majeures, telles qu'inondations, incendies ou émeutes généralisées de voisinage. La grande classe quoi. C'est ainsi que nos pieds nous avaient déposés quelques jours plus tôt devant le Castorma de la Défense, gigantesque complexe multipliant les rayons et équipements de pointe, où tout propriétaire digne de ce nom vient acheter son "kit du bricolo". Rien de bien sorcier dans notre cas d'ailleurs : s'agissant juste de nous "approprier" un peu nos murs, 2 pots de peinture et un pinceau allaient bien faire l'affaire. C'est en tous cas dans cet esprit que, secondés par notre fidèle liste de courses, nous nous étions lancés au milieu du dédale, activant l'inévitable piège. Cheminant de vendeur en vendeur, de conseils et recommandations, nous avions alors senti cette gloutonnerie intérieure nous appelant à plus de travaux, à plus de qualité, à plus d'exigences. Nos besoins de départ, simples et innocents, s'étaient retrouvés face au choix luxueux des têtes de gondoles, aux propositions d'embellissements à moindre coût et aux promotions aguicheuses. Sur les fondamentaux mêmes, le doute s'insinuait : de la peinture, oui, bien sûr. Mais glycero ou acrylique? mate, brillante ou nacrée? Bleu métal, délavé ou pétrôle? C'est ainsi qu'enduit, décolleuse de papier peint et outils de toutes sortes et tailles avaient inopinément sauté au fond de notre panier, prêts à jaillir à la première caisse venue. Au centre, peinture mono-couche à "haut pouvoir couvrant" et rouleaux "anti-goutte" brevetés nous promettaient une peinture "sans accroc, 100% pro". La caissière nous avait allégé de plusieurs centaines d'euros mais c'était normal finalement, de payer un peu cher cet équipement providentiel. |
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| Mais d'où venait alors, au milieu de la fierté du travail accompli,
cette désagréable sensation de s'être fait pigeonner avec un grand
P? Etait-ce pour ces heures passées à appliquer cet adhésif de
protection incollbable sur les plynthes des murs? ou peut être pour
toute cette peine éprouvée à le retirer ensuite sans embarquer la
moitié d'une peinture méticuleusement appliquée des heures durant? A bien y réfléchir, les raisons ne manquaient pas : nos chaussures témoignaient des douces performances du rouleau précision, celui qui ne peint que sur les chaussures et sacs de marque mal planqués mais sait parfaitement laisser ses poils sur les murs enduits de peinture. Nos bras témoignaient de la grande timidité de la peinture mono-couche, qui demande cinq passages pour enfin oser camoufler cette vilaine tâche moche sur le mur. Nos cheveux enfin, fidèles adeptes de la technologie anti-goutte, se félicitaient de leur nouvelle capacité à concourir à la prochaine techno-parade, ornés d'un mix orange couchant et bleu azur du plus bel effet, mais strictement impossible à faire partir. Restait donc à ramasser nos outils et notre orgueil, et surtout à remercier notre magasin de bricolage préféré d'être ouvert le dimanche soir. Car c'était sûr : casto aurait forcément un produit miracle pour nous venir en aide. |
![]() Tout le monde vous le dira : bien bricoler, c'est surtout une question de style
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