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Désireux de gagner en confort « sans
exploser le budget », notre zone de recherche d’appartement pour
« jeunes mariés » excluait désormais Paris. Choix avait été fait de
se concentrer sur la « zone verte », constituée de Meudon, Clamart et
Ville d’Avray, au sud-ouest de Paris.
Par le jeu de notre dossier, de nos tronches « qui sonnent françaises » et de l’acharnement de ma radieuse femme, nous allions rapidement confirmer notre statut de favori. La crainte d’un propriétaire de louer à un membre du corps juridique avait visiblement été noyée par les chiffres et les promesses de garantie et d’argent juteux de notre dossier. Ainsi, et en moins de trois semaines de recherche et de visites, nous allions déposer trois « dossiers »…et autant de réponses positives. |
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Impériaux, nous avions donc procédé,
dès lors, par choix du prince pour sélectionner le meilleur candidat. Situé
« dans les prix du marché », bien situé, promesse d’un havre de
paix, nous avions notre lauréat. Par acquit de conscience, et pour ne pas
réitérer nos malheurs parisiens, nous avions toutefois insisté pour le
revisiter. Les membres de l’agence, adorables, avaient accepté et tout semblait
ok lors de l’état des lieux.
Postérieurement aux « paperasses d’usage », et afin de préparer l’emménagement prochain, nous avions alors fixé un rendez-vous en soir de semaine pour préparer le terrain, autrement dit cirer le beau parquet, prendre les mesures pour notre futur électroménager. Quoi de plus classe que de nettoyer un appartement en costume cravate ? Arrivés sur place, notre entrain s’était rapidement paralysé. Une raison simple : |
| en plein cœur de notre nouvel appartement, à
quelques jours du déménagement, un bruit assourdissant de télévision se
propageait désormais de l’étage du dessus et résonnait dans toutes les pièces. Nous nous instantanément téléportés à l’étage supérieur pour sonner à la source et nous « présenter ». La sonnette désactivée, nous nous étions résolu à tambouriner. Plus fort. Encore plus fort. La télé s’était tue, une voix s’approchant de la porte s’était prononcée : « qu’est ce qu’ils viennent m’emmerder encore ». Ambiance. La porte s’était ouverte. Nous
étions face à un grand bonhomme de 69 ans, sourd à ses dires (mais très bon
entendant lors de la conversation) désireux de savoir ce qu’attendaient ces
deux jeunes souriants à ce « vieux sourd à la retraite ». Face à
notre demande de baisse de volume, ce dernier avait promis, juré, que la bonne
relation entre voisins était sa priorité. Avec ses yeux brillants, que je ne
pouvais m’empêcher de comparer à ceux de mon ancienne concierge, il avait
toutefois rappelé qu’il était là en tant que propriétaire, et nous en tant que
locataires, qu’il pouvait fermer les yeux ou les ouvrir grand face aux
personnes qui pourraient être amenées à lui pourrir la vie ou « à
enfreindre le règlement de copropriété, par exemple en utilisant l’ascenseur
lors d’un déménagement ». Il avait ajouté que « ça n’allait pas
recommencer comme avec l’ancienne locataire ». Cette dernière phrase, ainsi qu’une bonne maîtrise de nous-mêmes, nous avait permis de ne pas donner dans le shooting de papis (ou de portes d’entrée de vieux con, discipline hasardeuse). En lieu et place, nous étions partis poliment, avec le sourire, l’air convaincu….et nous étions jeté sur le numéro de l’agence. Un seul objectif : pouvoir glaner le numéro de la locataire, même si l’entreprise s’annonçait difficile, à base de « allo, oui, tu peux me filer le numéro de quelqu’un qui pourrait nous aider à démontrer que tu nous a caché des trucs ?». Mais l’incompétence des agences n’a pas de limite, notamment quand ces dernières se décident à « scinder » leur activité « bail » et leur activité « gestion » sans gérer la « coordination de blocage » qui va avec. En nous répartissant la tâche des appels, nous étions, en à peine dix minutes, en possession du sésame. Et quel sésame ! Car passée la phase de méfiance attendue, l’ancienne locataire, une charmante dame quarantenaire, en avait des choses à dire : trouble constant, diurne et nocturne, menaces, insultes, interventions de police, courriers au syndic, notification à l’agence…autant de faits décrits et rapidement consignés par mail. De quoi aborder le « cas » de l’agence de manière sereine, argument juridique implacable à l’appui : réticence dolosive de la part de l’agence et du propriétaire (nécessairement informés par le syndic), trouble anormal. Passé le premier appel téléphonique dit « de déballage » aux agences, ces dernières étaient subitement devenues « en surcharge de travail » avant d’opposer un silence radio à nos demandes. Tout au plus allaient elles avoir le temps, quelques jours après la première notification, d’encaisser nos chèques de caution et frais d’agence. L’affaire promettait l’ouverture d’une nouvelle saga judiciaire. Cela nous avait projeté au fond du gouffre, mais prêts à nous battre. |
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