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Malgré toutes mes mésaventures
passées, je n’étais pas devenu socialiste, communiste, ou de tous ces groupes
qui aiment à stigmatiser les vilains méchants riches face aux adorables gentils
pauvres.
Je m’étais pris pourtant à beaucoup aimer les locataires. Peut être par compassion pour leurs propres (et inévitables) mésaventures locatives en région parisienne, probablement semblables aux miennes. Je me disais aussi qu’il n’était peut être pas de la compétence de tout un chacun de savoir râler, faire des lettres recommandées ou faire bisquer en justice un propriétaire qui ne remplit pas ses obligations et joue au radin sur des travaux de première sécurité. Non pas que ce savoir-faire rende heureux, non. Je n'aurais jamais tiré de gloire d’une relation dont l’équilibre repose uniquement sur les règles juridiques. Mais j’étais certain que cette capacité à établir une relation d’équilibre entre des agences et propriétaires trop sûrs d’eux et de trop nombreux locataires surstressés à la recherche d’un appartement était un don précieux. J’allais avoir rapidement l’occasion de relativiser cet amour anonyme et inconsidéré, en devenant moi aussi, et de façon bien involontaire, propriétaire d’un appartement….situé à plus de 800km de chez moi. |
![]() ça donne pas vraiment envie de traverser...
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Forcément, et pour éviter de me
coltiner taxes, impôts, charges et autres frais sympathiques pour un
appartement habité par de pelucheux moutons, il a fallu se mettre en tête de
trouver un locataire. Autrement dit, passer effectivement de l’autre côté de la
barrière. Avec mesure. Car fort de mon passé auto-décerné de GPL (gentil petit
locataire), j’allais fixer quelques règles:
1 - pas de loyer spéculatif. Donc petit tour par les annonces pour un « benchmark » bien de chez nous, et fixation du prix : 50 euros de moins que la moyenne des annonces. Histoire que le locataire soit content et ait l’impression de faire une bonne affaire. Ce qu’il allait faire d’ailleurs, en payant 750 euros pour un appart quasiment tout équipé et refait à neuf. 2- pas de passage par une agence immobilière. Expérience de locataire oblige. Il s’agissait là de préserver quelques deniers mais surtout d’assurer une proximité avec le futur locataire. Car les agences et propriétaires semblent oublier l’importance, au milieu des relevés fiscaux et garants, l’importance de ce lien fondamental. Du grand méchant proprio avec ses grandes dents, son haleine de kiwi pas frais, ses yeux grenadine et son grognement infâme (blluuupppppp !!!), je n’allais donc garder que le strict principal. : une exigence au niveau du locataire. Pas de critère racial, pas de préférence de sexe ou d’âge, juste quelques critères inhérents à la taille de l’appart (T3 avec deux chambres), à mon éloignement (préférence pour une location longue) et au fait qu’il s’agissait de mon appart (moines papous s’abstenir). C’est en tous cas dans cet esprit que mon annonce fut finalement déposée dans le sacro-saint PAP, tel un hameçon dans un étang. Début d’une partie de pêche de haute volée par une équipe de jeux olympiques : A la ligne : moi-même guettant patiemment le poisson afin de l’identifier. A l’épuisette : mon meilleur ami, chargé de récupérer le poisson, de lui faire faire le tour de son aquarium potentiel et de l’y introduire durablement en lui faisant apposer la nageoire sur un contrat. Bilan implacable après quelques jours de pêches : une grande tasse, clairement. Car les poissons, que dis-je, toute la faune des marais, n’allait pas manquer de mordre. Avec la découverte de quelques petites merveilles naturelles insoupçonnées en prime, dont j’allais conserver le souvenir avec délicatesse : - la crevette timide : « oui, bonjour, il est disponible votre appartement ? » ; « oui tout à fait pourquoi ? » « biiiiip, biiiipp….. » - le tétard écologique : « oui bonjour, l’appartement est bien situé au premier étage, mais comprend il un jardin ? » « heu ben non il s’agit d’un premier étage en ville et…. » : « biiiiiip, biiiipppp….. » - le poisson ingénieur Picard : « oui bonjour, ce serait pour nous loger moi, mon mari et nos quatre enfants » ; « heu oui mais vous savez il n’y a que deux chambres » ; « oui oui on sait mais on s’arrangera, on sait faire faites nous confiance ». - la méduse temporelle : « oui c’est pour une location longue évidemment » ; « mais quelle durée environ ? » ; « ho ben le temps de trouver à acheter, je dirais six mois, un an ». Ha. - le banc de poissons suicidaire : « bonjour, ce serait pour une coloc d’étudiants » ; « oui ok, mais vous seriez combien en fait » ; « en fait je ne sais pas trop, on serait sept ou huit, mais pas tous en même temps, on tournerait bien sûr ». - le poisson ventouse d’occasion : « bonjour, votre appartement m’intéresse » ; « oui mais vous pourriez le visiter pour vous faire une idée » ; « non mais c’est bon il m’intéresse » ; « non mais pour voir quand même à quoi il ressemble » ; « pas la peine je le prends » ; « oui non mais quand même, regardez-le » ; « bon, si je vous donne un extra, vous me le louez tout de suite ? » ; « heuuuuuuuuu !! ». - le poisson lune : « bonjour nous serions intéressés par votre appartement, nous sommes un couple avec enfants » ; « et combien d’enfants » ; « heu 3, heu non 4, non attendez…. Oui 3. Je vous rappelle pour confirmer ». - le triton mécontent : « donc comme je vous disais l’appartement est tout équipé en électro-ménager» ; « ha oui mais nous on a déjà de l’équipement électro ménager » ; « il y a du parquet neuf dans les pièces à vivre » ; « ha, pas de carrelage ? » ; « sauf dans une des chambres » ; « ha mais ça doit être froid alors » ; « si vous le souhaitez il y a possibilité de choisir un sol ensemble » ; « non mais merci ça ira, nous on veut que tout soit parfait à notre arrivée ». - le « poisson hibou » : « et donc l’appartement est équipé » ; « hooooooo » ;« il est refait à neuf » ; « hoooooooo » ; « c’est un T3 » ; « hoooooo » ; « on peut le visiter » ; « hoooooo » ; « sinon vous avez des questions ? » ; « hooooo….non….biiiip bbiiiipppp » De quoi relativiser, en tant que locataire, l’incroyable difficulté à trouver un appartement. Car la pénurie de locataires sains existait, elle aussi ! |
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