Worlds appart - l'achat et la souris


Les beaux jours avaient finalement repris une place bien méritée dans le calendrier hebdomadaire, et le « côté choupi » de Paris s’était décidé à réapparaître, à grands coups de ballades au bord de l’eau et de farniente au milieu des arbres.

Face à notre satisfaction, nombre de personnes rencontrées nous avaient toutefois fait remarquer que, techniquement, il n’était plus vraiment question de parler de Paris mais plutôt de « banlieue rueilloise ». C’était géographiquement implacable et  la disparition des marques issues d’heures de lutte dans la ligne 13 finissait de rendre la chose indiscutable.

Nous étions désormais « banlieusards », loin du centre survolté et entourés d’un petit village donnant sur un parc incroyablement gigantesque…bien plus grand que le square d’Alésia de Paris XIV en tous cas.

Nous savions que cela n’allait pas durer. Non pas qu’il nous était particulièrement difficile de cohabiter avec une église magnifique, un marché sur le pas de la porte et une floppée de jeunes bien mis à la mèche flamboyante. Mais tout simplement parce que la question de « l’achat » continuait de se poser et que quelques recherches avaient suffit pour confirmer que personne ne songerait à céder une quelconque portion de ce coin de paradis à un prix raisonnable. Le jour de notre emménagement avait d’ailleurs permis de clore le sujet, lorsque en apercevant sur la fenêtre d’en face une pancarte « à vendre », nous nous étions aventurés à quelques convoitises. 590 000 euros le T4 de 80m². Le paradis se mérite.

Sans rancune, et forts d’orteils avides de découverte et d’aventure, nous nous étions donc orientés dans l’exploration de terres moins hostiles à la recherche de l’eldorado, quitte à expérimenter les coutumes locales. Nous nous étions ainsi, tour à tour :

- perdus à Bougival, petit patelin jouxtant Rueil et bordé par de grosses artères routières, où nos espoirs avaient fini par brûler au fond de la crypte de l’église locale, seul monument digne d’intérêt, avec les passages piétons.

- rendus utiles à Louveciennes, en aidant une adorable vieille femme à descendre de la place de l’église au bas du village. Quasiment le seul contact humain inventorié dans cette ville au sommeil tellement sacralisé que même les enfants de cette pauvre dame n’osaient plus le profaner depuis bien longtemps.

- goinfrés à Vaucresson, abusant du distributeur de Kit et Kat de la gare pour tenter d’oublier la pénurie d’identité, et de tout le reste, de ce secteur.

- aventurés à Asnières, bordée d’appartements aux façades fumées dans le saumon pas frais mais abritant des intérieurs incroyablement classieux. Au prix d’une vue austère sur un environnement minéral, engorgé et sans le moindre arbre à l’horizon.

- « marathonisés » dans les secteurs Houilles-Sartrouville-Carrières-Chatou, véritables champignonnières résidentielles paumées regroupées autour de centres récents et diablement fonctionnels. Sur fond de route aérienne tout de même.

Après des heures de marches, de séances de pap et de découvertes locales, nous étions restés bredouilles. Mais les choses avançaient, et nous avions aussi pris toute la mesure du n’importe nawak environnant.

Le n’import nawak des prix tout d’abord, avec des tarifs variant de 20% pour des « biens » (oui, on parle de bien, quand on est « in the monde of immobilier ») identiques. Ceci rendant la négociation inévitable, toute fatigante fût elle.


L'acquisition immobilière, ou quand votre proie se paye votre tête
Le n’importe nawak des agences aussi, raflant 20 000 euros de frais pour prendre vos coordonnées, vous harceler au téléphone pour vous proposer des biens toujours 20% au-dessus de votre budget, à grands renforts de "oui mais le marché est dur, mais il faut investir vite". Le temps de comprendre que oui, en tant qu'acheteur, il est nécessaire d'expliquer à l'ami professionnel qu'il ne sera pas question de vous faire brouter le poil sur le dos, et qu'il s'agirait donc fissa de vous proposer un truc sympa avant qu'un autre professionnel aux grandes quenottes le fasse et vous renvoie, commission en poche, vers le notaire iguane et concluant. 

Le n’importe nawak des propriétaires ensuite, tout sourire de vous faire visiter une authentique bouse délabrée étiquetée « travaux mineurs ». Avec parfois, il faut l’avouer, un certain sens de la formule (« maison de ville sur terrain idéal, travaux à prévoir -démolir-»). Le mérite d’être clair.

Le temps passait, et cela devenait un peu plus clair à chaque fin d’expédition : le projet d’acquisition le plus certain était celui d’un hot dog frites mayo ketchup, d’un Sprite….et d’un canapé éventuellement.


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