Trame olympique


Le jour vient à peine de se lever. Pourtant, tout le monde est déjà là, à s’affairer de mille façons. C’est le grand jour.

La vue est touchante et majestueuse : l’esplanade centrale, monumentale et vide, sous le coup d’une bruine incessante, promet déjà de longues heures de lutte et d’exploits, dans la sueur et, peut être, le sang.

Au-delà de cette place, et surplombant un édifice inquiétant et bétonné, des drapeaux s’agitent, comme autant de supporters passionnés. Leurs emblèmes majestueux reflètent au plus juste l’atmosphère ambiante et marquent implacablement les attentes déraisonnées de nations et entreprises venues assister à la consécration.

Loin de cette liesse teintée d’orgueil, les champions achèvent leur préparation. Le speaker a déjà annoncé, à deux reprises, qu’il était temps d’y aller. L’accès au terrain est en vue, chacun prend ses marques. Le coup d’envoi est donné. C’est parti.

Aucun faux départ. Tout au plus un mauvais calcul de trajectoire de quelques inexpérimentés qui, déjà, savent qu’il leur faudra remettre leur victoire à une fois prochaine.

Un peloton de tête, visiblement composé de vieux briscards aux usages rodés, se dégage déjà, déambulant à petite foulée. Derrière eux, la masse grouillante des autres participants, bien décidée à ne pas se laisser distancer si tôt. Le temps de jeter un regard d’ensemble sur l’esplanade bondée, et voilà la première chute. C’est la loi du jeu, et les autres participants sont plus occupés à conserver leur rythme face à l’obstacle titubant sur leur trajectoire qu’à examiner les raisons de l’accident. Ils sont ainsi plusieurs à glisser, coup sur coup, avant que la trajectoire du peloton dessine un arc, preuve d’une décision collective raisonnée. C’est parfois ça, le sport.

Mais l’instinct reprend ses droits. Dans une embardée magistrale, deux jeunes athlètes, déportées par le peloton parviennent à s’intercaler sur la trajectoire idéale. A grand coup de reins, les voici en position favorable au sortir de l’esplanade, alors que la seconde partie de l’épreuve avant  s’amorce : une traversée périlleuse avant le grand sprint final. Le groupe de tête est déjà bien engagé, il va falloir se hâter.

Sans se laisser de répit, les voilà donc à brasser l’air et l’eau comme deux beaux diables, tandis que de nombreux klaxons résonnent, signes probables d’une ferveur populaire à leur égard.

Nous y sommes. Les efforts ont payé, et quelques mètres ne séparent plus les valeureuses du groupe de tête, qui ne dévie pas mais semble s’inquiéter. Il a raison.

Dans un dernier sursaut, et coups de coude à l’appui, les voilà pourfendant ces trop sûrs d’eux, glanant dans les derniers mètres l’accès aux trois dernières places. Oui, les trois dernières.

Ainsi débute le premier jour de la rentrée des vacances, place de Versailles au bien nommé parc des expositions, dans la jonction permettant d’accéder du tram 3 au tram 2. A l’heure de pointe.

Malgré une période de repos de quelques jours, le grotesque a rapidement repris sa place : en moins de 30 mètres, 1 personne a cru malin de courir avec des talons sur une esplanade mouillée et semble le regretter. 5 personnes au moins ont bien cru qu’elles allaient se faire piétiner à force de ne pas aller assez vite. 2 ont failli se faire écraser à la sortie de l’esplanade en traversant au rouge la « 4 voies » séparant l’esplanade du quai du tram. 5 se sont prises un magistral coup de coude. Une petite quinzaine prend un air consterné.

Le solde se révèle plutôt outré, et semble promettre que le lendemain saura rendre justice et place assise dans le tram.

 Le second jour de rentrée s’annonce déjà prometteur.


L'instinct de groupe, sans doute...

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