Tranche de vie (2) - "Pour votre bien"


« Mon bien est en forme, merci. Ce n’est pas la peine de vous en soucier. Non mais je vous assure madame, vous risqueriez de le froisser en insistant ». Raccrochage.

Le sujet n’avait pas l’air piégeux pourtant. Il s’agissait juste une petite question, innocente, visant pour un abonné bénéficiant d’une offre « triple plaie » (rappelons qu’il s’agit de payer un fournisseur d’accès pour avoir un accès Internet + TV + téléphone, le tout en « pack agé » dans une seule offre) à s’affranchir de certains services qu’il n’utilisait pas. En l’occurrence, il s’agissait surtout de se débarrasser de l’option TV, ledit abonné ayant, aussi fou que cela puisse paraître, une cage à rats en lieu et place de l’instrument cathodique.

De cette opération, l’abonné, avouant quelque cupidité, espérait bien évidemment bien tirer quelque profit :

- un profit financier tout d’abord, évidemment, via la récupération de quelques piécettes (le fait de payer moins en bénéficiant de moins d’options lui paraissant d’une logique irréfragable).

- un profit intellectuel ensuite, via une tentative d’application de loi sur la subordination de prestation, obligeant pour rappel au professionnel proposant des « packs » de prestations de proposer aussi ces prestations individuellement (parlez en à Darty, Fnac et autres, qui s’amusent en ce moment même à appliquer cela pour les ventes d’ordinateurs).

Il n’avait guère de doute, surtout en voyant que les offres des deux concurrents de l’opérateur en cause (un gros fruit dominant et un gros carré rouge, pour ne pas les citer) proposaient un tel « hachage » (pour un prix compétitif affiché pour l’un d’entre eux), que l’opération allait s’avérer une success story mémorable. Ne lui demandez pas ce qu’il en pense maintenant, vous seriez le peu enviable témoin d’un lâcher de noms d’oiseaux. Mais que s’est il donc passé ? Flash back sur le début de matinée….

9h30 profitant d’un mois d’août, propice à viles flâneries, un travailleur peu surchargé pour l’heure se prend à errer sur les différents sites des opérateurs de télécommunication électronique, qui regorgent tous de petits logos moches, d’interfaces peu intuitives, de mentions légales planquées sous les bannières verdâtres.

9h35 Derrière cet amas de pixels, le travailleur se rend vite compte qu’existent désormais des offres couplant Internet et téléphone portable, ou encore proposant des services Internet et téléphone pour la moitié du prix de l’abonnement triple play classique. En panne de sujets juridiques croustillants, le voilà téléphone en main, bloc note fourni d’informations glanées ça et là, en train de composer le numéro de SON opérateur, avec à cœur l’envie sus-décrite de suppression (dans les tripes et le sang) de son option TV.

9h37 – 09h46 : « tralalalala tchoum tchoum, on est là pour vous, tralalalala tchoum tchoum, ne quittez pas, tchakata tckakata tchakata hop, tapez 4, tchakata tckakata tchakata fizz, rappelez plus tard, youhou !! ». Zen, le temps d’attente est gratuit. On rappelle.

09h47 : enfin un conseiller.

09h47m13s ha non, mauvais service, scusez (pov tâche).

9h48 « tchakatchakatchak hé, tchakathakatchak ho!!! » (gronf).

9h49 Eclaircie en vue, un conseiller répond.

9h58 Fort de la description technique et commerciale de toutes les offres et possibilités de modification de forfait, il est certainement possible de s’inscrire au concours d’entrée de Harvard sans complexer. Donc : Internet + téléphone + TV = 29.99 euros. Internet + téléphone + TV - TV = 29.99 euros. L’ingénieur surqualifié chargé d’élaborer les tarifs a du se tromper. Pas grave on va lui dire.

10h03 Ha ben non, pas d’erreur, juste une politique commerciale « faite comme ça ». Choix de résiliation envisagé, les concurrents visités ne comptant pas de la même manière (erreur de calcul ou greffe de calculette à la naissance?).



La mise de pigeon en boite : une industrie en plein  essor

10h04 Début d’une grande diatribe sur le fait que « dans les offres concurrentes il y a beaucoup de coûts cachés », qu’« il faut faire attention car il y a des concurrents malhonnêtes » ou encore « que la réglementation est très pointue ». Léger regain d’intérêt pour la parole du conseiller…….attente interminable…...non pas de référence à un vide juridique quelconque. Même pas drôle.

10h05 Le conseiller, sponsorisé par David Crockett et les collants de Robin des Bois, finit sa tirade et confirme que son discours est rédigé « pour le bien du client » et « va dans le sens de l’abonné ».

Bilan de l’opération : je confirme, le discours de ce conseiller va bien dans le sens de l’abonné tel que vu par l’opérateur : meilleur ami et confident du pétoncle cuit. Conséquence : résiliation par lettre recommandée. Motif : a pris une endive pour une courgette.

Note pour plus tard : penser à faire une loi pour sauver les pétoncles.


Retour