Critique : Mamma mia



"I have a dream, a song to sing". Ces premières phrases du film, tirées d'une des nombreuses chansons phares du groupe ABBA, donnent immédiatement le ton : ici pas question de courir après des nazis, de renverser un régime tyrannique, de dézoner du super-ordinateur méchant à coup d'uzi. Il faut dire que ça aurait été difficile à placer, une "machine gun" dans une adaptation de comédie musicale. Alors on va plutôt parler d'amour, d'amourS même, sur fond d'île grecque paradisiaque et de jeunesse fougueuse.
D'ailleurs question amour, tout va bien dans le meilleur des mondes pour Sophie, qui vit avec sa mère (éternelle célibataire, mais Meryl Streep tout de même) et s'affaire à finaliser son mariage avec le boys band le bon parti du coin. Mais comme si engueuler son traiteur, relancer les invités ou méditer sur sa couleur de robe n'étaient pas suffisants, la belle a subitement une idée géniale : utiliser le journal secret de son ingénue de mère, trouvé par hasard dans le troisième tiroir à chaussettes, et l'utiliser afin d'identifier son père et l'inviter à la mener à l'autel. Mais, hic : dans la période "clé", trois personnes sont susceptibles de correspondre au profil. Il faudra donc se résoudre à inviter les trois, à savoir un Indiana Jones légèrement sur le retour, un british aristo et un workman aux faux airs d'agent secret, puis les cuisiner pour dénouer la chose (le tout sans avertir maman). Bref, autant dire que l'on est dans le très léger, et les premiers gloussements de copines se retrouvant sur la plage ne sont guère encourageants pour la suite.

Mais derrière le paysage de carte postale et les personnages aux allures californiennes se dessinent progressivement des caractères attachants : une jeune fille brulante mais fragile, une maman nostalgique, visionnaire (un peu) et paumée (beaucoup), et un panel de copains/copines totalement déjantés, qui ne rechignent pas un seul instant à chausser leurs palmes et se lancer dans une marche de l'empereur en ligne en rythme sur un ponton. Sans passage d'oeuf, toutefois (l'honneur est sauf).

I have a dream, that one day...(heu non  
c'est pas ça)
Progressivement, la magie opère : c'est totalement pas crédible et souvent ridicule, c'est vrai. Mais qu'est ce qu'on se marre à observer tous ces personnages, de tous ages, de tous sexes et tendances, remuer en cadence et partager leur vision de la vie à coup de répliques choc. L'on notera d'ailleurs ici un passage particulièrement percutant lors d'une discussion entre Sophie et "l'un de ses pères", réticent au mariage :

- Non mais Sophie, j'ai été marié de nombreuses années, et j'ai fini paar divorcer. Je te promets que le mariage n'est pas le conte de fée auquel tu t'attends.
- Mais est ce que tu étais persuadé, quand tu t'es marié, que tu l'aimais plus que tout au monde?
- ......non.

Un point aussi, surtout, pour l'excellence de la bande son (ben ouais, c'est du ABBA) et surtout l'intégration magistrale de ces morceaux dans l'histoire : loin de faire toc et artificielle, comme l'on aurait pu s'y attendre, la bande son (avec sous-titres laissant apparaitre pas mal de pessimisme derrière un rythme endiablé) donne un sens et une profondeur à l'histoire. Il faut dire que les acteurs se sont prêtés au jeu et chantent avec leur vraie voix, même si tous les timbres musicaux ne se valent pas (le futur marié et quelques amants ont souffert et pris des hontes, c'est rapidement confirmé dans le making off). Mais c'est aussi ça, rendre une histoire crédible.

 
tu sais ça sent vraiment le plan foireux ton truc...

... tu vois, elle l'a mal pris!
Reste alors à suivre l'épopée d'une quasi-mariée, à la voix ensorcelante, placer un bâton de dynamite sur le passé de sa mère et de ses impétueux amants jusqu'au dénouement final. Un dénouement un peu criticable d'ailleurs, dans sa "première partie" un peu trop "et puis hop tiens on va s'arranger comme ça" (avant de repartir, heureusement, vers de l'absurde musical qui dépote et donne la pêche).

Bref du tout bon et une excellente soirée DVD, avec même une décision d'achat de la B.O en sortie. Certainement un gage de qualité pour un film musical....

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