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être s'est il dit que je n'existais pas. Ou que mon existence
ne
méritait pas la moindre attention. Malgré
quelques signes, et une mise
en garde gestuelle sur mon oubli, il a gardé sa ligne et sa
vitesse, fier comme un i et réactif
comme une poule devant un billet de 10 euros. Il est donc
passé devant
moi, non sans un regard me signalant à demi-mot qu'il
souhaitait me
faire marcher. De fait, il m'a fait marcher. De fait, le conducteur du
62 de 8h37 est une face de truite. Je me suis donc pointé à pied jusqu'à l'ANPE, les ASSEDICS, non, le "pôle emploi", il faut dire dire maintenant. Peu importe, visiblement le nom du service est la seule chose qui ait jamais changé. Façade austère, porte austère, gars de l'entrée austère, question stupide : "bonjour, c'est pour vous inscrire?" (non c'est pour faire un mini -golf). Patience, ne pas partir du mauvais pied sur un simple jugement d'apparence, et rappelle toi qu'il ne conduisait pas le 62. Je me plie donc au questionnaire : nom, prénom, adresse, re-adresse, non décidement il ne comprend pas, il va falloir que j'épèle. Je vais bientôt être reçu me dit-il, parfait, j'ai assez d'antipathie pour le lieu pour être pressé d'en finir vite. 5 minutes plus tard. C'est déjà à moi, appelé par une femme plutôt aride qui m'explique qu'elle va juste procéder à la vérification des formalités d'enregistrement, qui consistent pour moi à fournir une carte d'identité et ma carte de sécurité sociale. La panade donc, une formalité, effectivement. Sauf que ma carte d'identité a expiré il y a quinze jours, ha...et que ma carte de sécurité sociale (on dit carte vitale maintenant, sauf dans ce batiment), est à 800 km, dans la maison de famille, laissée en dépôt pour mise à jour. Pas de bol quand même. On m'explique donc que je devrai revenir, qu'il faut ABSOLUMENT que je fasse refaire ma carte d'identité (il lui pousse deux grosses cornes sataniques, dès sa péremption, évidemment) et que je n'oublie pas ma carte de sécurité sociale. Le juriste se prend un blanc pour manque de rigueur administrative mais a droit à un rendez vous de rattrapage dans quinze jours. Je hais cet endroit. Alors que la carte de sécurité sociale s'achemine doucettement par la poste par le plus sécurisé des moyens (le chronopost, où comment dépenser 30 euros pour retrouver son précieux colis à la vue de tous au-dessus des boites aux lettres) allons donc refaire une carte d'identité. |
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| Recette simple, d'après le policier
de l'antenne de police à la
mairie : 2 photos "faites par un agréé" et sur
lesquelles SURTOUT on ne
sourit pas, on fait la gueule, de face, sans boucles d'oreilles.
Parfait, faire la gueule, de face, sans boucles d'oreilles,
ça je sais faire. Et il
faut aussi un livret de famille attestant que je ne suis pas un
immigré
cubain du XIV ème siècle, et un original de
facture comme preuve de
domicile (parce que la police ne veut pas permettre au papetier d'en
face de faire marcher sa photocopieuse, sans doute). Deux belles journées pour obtenir tout ça, et un deuxième envoi par la poste pour le livret de famille, situé non loin de la carte de sécurité sociale (on optera cette fois pour le courrier simple, moins dangereux que le chronopost claustrophobe qui apprécie peu l'intérieur des boites aux lettres). Un retour à l'antenne de police. C'est que le nouveau rendez vous ANPtruc approche, il faut se dépêcher. Petite vérification d'usage du policier, qui est catégorique : le livret de famille, non non non ça ne marche pas, il faut un extrait d'acte de naissance. Pas la peine de marteler que trois jours plus tôt son collègue m'avait dit le contraire, les règles sont les règles et mieux vaut rebrousser chemin et regagner la hutte. Le 62 me dépasse sans s'arrêter. Oui, tu as raison face de truite, il vaut mieux que je marche. Et puis le doute : pourquoi diable un extrait de naissance peut-il être le saint graal et pas le livret de famille? pourquoi deux réponses contradictoires en l'espace de trois jours. Il est clair que le juriste vexé est réveillé, et me voilà sur légifrance, sur cette page : ici L'implacable texte de loi, l'évidente incompétence du fonctionnaire de police. C'en est assez pour me faire voler, papier en main, jusqu'à l'antenne de police. C'est que mon cas est urgent, et que je ne vasi pas perdre encore 15 jours à demander un extrait de naissance dont tout le monde se contrefiche alors que la loi ne l'impose pas. Bon allez, je fais quand même la demande par internet, sait on jamais, pour la prochaine fois. Au commissariat, le retour (deuxième du nom) : je tends mon livret de famille. "Non ça ne marche pas". Je tends le texte de loi "mmmmm, bon voici votre ticket, vous allez être reçu par ma collègue". Du genre coricace, a t'il omis. A tout hasard je lui précise que je n'ai rien contre elle ni le monde, que je dois juste me dêpécher d'avoir mon papier fait et livré avant la date D pour une question d'ouverture de droits. Elle comprend, elle a lu le texte de loi, mais ses directives sont claires : pas de livret de famille (mais elle fera une exception pour moi en joignant le texte dans le dossier, c'est son jour de bonté). Par contre ledit dossier sera envoyé à la préfecture de police au lieu du centre de fabrication, parce qu'on "ne suit pas la procédure conformément aux directives". De fait elle ne peut me donner de délai pour l'obtention de ma carte. Normalement c'est 10 jours (mon rendez vous est dans 12), là elle ne sait pas, elle ne peut ni ne marquera rien sur le bordereau. Mais ce n'est rien contre moi. C'est marrant, je ne la crois pas. Sortons vite de cet endroit. Petit sourire complice du pauvre couple derrière moi qui a suivi la conversation et qui s'apprête à passer son propre examen. Pêut être leur demandera t'elle la facture d'achat de leur congélateur? Face de truite s'arrête enfin à mon arrêt. Je monte. Je n'ai pas ma carte ni de monnaie. Sans rancune, je finirai à pieds..... |
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