Les cons ont mis du zèle


Il y a quelques  années de cela, et sur la base de l’observation de mon papi perso vu de mes yeux de gnome, départager plusieurs courants politiques semblait se résumer à trois choses :

- trouver le gentil, qui nationalise et met en exergue les valeurs françaises.

- mettre la honte au méchant, qui non seulement n’a pas su conserver l’Algérie, mais a tout de même été assez con pour qu’on se farcisse les algériens.

- finalement voter pour le Front National, avec ses super idées politiques de pointe.

Aujourd'hui, pas sûr que mon papi, pourtant si fervent admirateur des regards de verre déformants, tiendrait la même ligne directrice. Ce n’est pas l’envie qui lui en manquerait, hein, mais il est pratiquement certain que son pragmatisme l’amènerait aujourd’hui à constater qu’on ne nationalise pas avec des caisses vides, qu’on ne parle plus en mal de l’Algérien sans se faire mordiller le séant par le MRAP et qu’un programme politique, aussi mirobolant soit-il, ne vaut plus grand-chose sans un programme économique bien ficelé.

Partant de ces constats, on ne s’étonne guère de la place grandissante prise par les ministères économiques, financiers et autres niches de gestion budgétaire. On salue la place politique grandissante de la Cour des comptes et autre Conseil d’Etat dans ce domaine. On respecte l’intervention de la matière économique jusque dans les entrailles du droit de la concurrence, droit qui par définition même est…économique.

A ce petit jeu, le grand gagnant est donc l’économiste en herbe, passé progressivement du statut de filet de merlu surgelé dont on ne sait pas bien quoi faire à celui de guide suprême des intérêts nationaux. Ce faisant, le merlu est devenu dorade, se permet de manger un peu à tous les râteliers et en vient même à se sentir pousser du zèle.

Aussi, comme le sentiment de fierté nationale (« fier d’être Français »), les volontés de solidarité (« ensemble, tout devient risible possible ») et autres promesses détergentes (« La France qui agit, la France qui protège »), l’économiste devient une marque, une pépinière à idées  nouvelles, un aimant à électeurs qui ne comprenaient déjà pas grand-chose à la politique d’avant, mais qu’on espère bien définitivement planter avec la politique de maintenant. Faire voter les aveugles a toujours été tellement plus simple.

L’on s’attarde donc à maquiller des programmes politiques mal fichus avec des beaux graphiques empreints de réalisme et d’espoir :


...mais j'aime plumer les gens bons
Premier postulat, incontournable et qui traverse les âges : les caisses sont vides. Oui parce qu’il est crétin d’espérer fixer l’objectif d’un programme économique (te choper des sous) en clamant que le cochon est plein, que l’impôt est trop cher et qu’il est temps de tirer profit des sacrifices passés.

Reste toutefois à relancer la dynamique commune de l’effort, et faire le lien avec les 27 tentatives précédentes. Deux arguments :

1- NON, les « quelques premiers pas évidemment fructueux » (sauf si réalisés par l’opposition, déconne pas) doivent être la base de nouveaux « efforts de chacun » (tu vas payer), seuls aptes à permettre une potentielle (vague) amélioration de la  qualité de vie pour tous « à terme » (après ta mort).

2- OUI, la France est en retard (ouf, on a pu le caser), avec ses tarifs de transport privilégiés et ses tarifs énergétiques bien en-deçà des tarifs des pays voisins. 

Et tant pis si le pays d’inspiration n’a pas la même structure sociale ou fiscale et que les habitants des régions frontalières françaises refusent l’avantage français en faisant leurs courses en allemand, espagnol, belge, italien et même suisse dans le texte. 

Pour le moment, il s’agira donc principalement d’une légère hausse du gaz, de l’électricité du train et de l’Internet (+8% chacun), avec promesse d’une baisse substantielle (-0,07%) du prix des panneaux solaires pour inciter à la migration (énergétique). Car l’économie aime l’écologie.

Mais il serait injuste que le programme économique touche tout le monde de la même manière. 

Surtout, il serait regrettable que les  projets économiques des différents partis POLITIQUES soient superposables. On rigole donc de voir chaque représentant politique s’adosser à son poulain économiste « perso » et déclamer, l’œil humide, les grands fondements économiques de demain :

- le fondement économique de gauche, justifiant désormais économiquement (simplicité de réforme fiscale) qu’il est nécessaire de taxer les hauts revenus (qui n’attendaient pas du tout que ça pour utiliser lesdits revenus et se barrer en Suisse) ou de faire payer à ces ingrats de propriétaires fonciers un impôt sur le revenu locatif (fictif) de leur appartement, afin de glaner de quoi mettre en place une allocation minimale universelle et promouvoir des mécanismes novateurs. Comme l’extraordinaire système de la « propriété temporaire » d’un bien immobilier, seul apte à faire payer aux propriétaires un loyer à l’Etat rétablir l’ordre social et une politique tarifaire saine dans l’immobilier (la preuve, Londres l’a mis en place, youhou!).

- le fondement économique de droite, prenant le contre-pied du précédent et déclamant qu’aider l’individu revient à aider l’entreprise, seule désireuse d’investir pour réduire ses couts de production favoriser l’emploi. Tellement désireuse qu’il ne s’agit pas de la vexer ou de la contrarier dans son œuvre, si bien que des suppressions/baisses inconditionnelles d’impôts sont nécessaire pour démontrer toute la confiance du pays dans sa philanthropie.

- le fondement économique des extrêmes….qui doit cuver dans un coin sombre.

On rigole aussi de voir que, sur les ruines d’un populisme juridique éventé, à base d’un fait divers = une loi, l’on en est venu à sacraliser un populisme économique dégradant.
Tondre,oui, mais dans le sens du poil!
On rigole moins en comprenant qu’il est fortement possible que ces systèmes soient effectivement mis en place, et qu’un impôt « puliste » coute bien plus cher qu’une loi d’affichage à la con.

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