Intégration forcée


Ligne 13. Plaisance, 08H17 du matin. Une fois n’est pas coutume, le métro est d’humeur « caline ». C’est ça l’heure de pointe. Devant la moulinette de validation des titres, les gens s'affairent : certains ne trouvent plus leur pass, d'autres ont trouvé le leur...expiré. Tout ce petit monde s'agite, soupire et s'insulte joyeusement devant ce goulot d'étranglement, passage obligé vers encore plus de compression.

La queue devant la moulinette se tranforme logiquement en queue de marsupilami par temps de pluie, interminable et ébourrifée.
 
C'est pourtant le moment qu'elle choisit pour déboiter. D'un pas nonchalant, presque tragique et regard vers le sol, la voilà qui remonte le cortège, profitant de l'espace nécessairement laissé aux quelques rares anarchistes ayant la bonne idée d'utiliser cette station de métro comme point d'arrivée, et non comme point de départ.  Les soupirs et les grommellements redoublent, mais personne ne bouge.


Mais tu vas t'intégrer oui???????
Après quelques enjambées, la bell métisse est donc arrivée au terme de son trajet, exentrée à gauche de la moulinette. Petit regard à droite, suivi d'un déhanchement presque mystique qui l'amène à s'insérer dans la masse grouillante, face à l'étape critique du goulot d'étranglement.

Mais le mystique a de nombreux adeptes. Froidement, le jeune homme situé immédiatement derrière elle jeune, fortement typé sub-méditérranéen, pose sa main sur son épaule métisse garnie de longs cheveux noirs et lui demande des nouvelles de sa forme. Elle se retourne, jette un regard sur le sien, et reprend sa route....pas pour longtemps : à peine a t'elle pu faire un pas qu'une force irrésistible, menée par un bras ferme et convaincu, la ramène en dehors de la file.

Elle s'interroge : « mais qu'ess tu fais, tyarrête ??».

Il répond : «  je t'apprends à t'intégrer ».

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