L'amour en pelote

Elle avait été à mes côtés toute la nuit. Plus qu’une estimable compagne, elle représentait une source de réconfort et de douceur non négligeable, en ces longues soirées d’hiver. Nous nous étions lovés l’un contre l’autre et avions passé la nuit ainsi, comme à notre habitude. Elle avait su me réchauffer comme un homme peut le désirer.

Au petit matin, elle était encore là, resplendissante, avec ce petit côté échevelé qui prêtait à sourire.


Quoi de mieux que sa douce au coin du feu?
Je m’étais résolu à me lever. Sans hésiter, elle m’avait accompagné jusqu’à la table, comme une ombre, et nous nous étions installé conjointement autour d’une tasse de thé bien chaud. Elle avait alors décelé mon appréhension, car l’heure avançait et j’allais devoir me résoudre à me rendre dans la salle de bain glaciale. Je redoutais chaque matin ce moment de déchirement, ces quelques minutes durant lesquelles nous étions séparés. Mais il n’était pas concevable de prendre conjointement notre douche : ce ne serait pas correct, et l’exiguïté particulière de la salle de bain m’empêcherait de toutes manières de manœuvrer avec aisance en sa compagnie.

Laissant mes affaires devant la salle de bain, je m’étais finalement engouffré dans le bac de douche, grelottant, hâtant mon shampouinage rituel pour la retrouver au plus vite, belle et parfumée.

J’avais ressenti comme un tenaillement de l’estomac au moment de récupérer mes affaires. J’avais ouvert la porte de la salle de bain en urgence, et avais confirmé ma crainte : elle n’était plus là.

Panique et fureur. Où était-elle ? Pourquoi cette disparition ? Comment diable était-ce possible en si peu de temps?
J’avais remué ciel et terre pour la retrouver, allant jusqu’à ouvrir stupidement les portes du placard à provisions. Après dix minutes de recherche, je m’étais résigné. Aucune trace. Elle s’était volatilisée et ne m’accompagnerait pas plus loin dans ma journée.

Il faudrait donc que je l’accepte : temps était finalement venu de changer de paire de chaussette.


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