Les JiHo du marié - 5 (les bars parallèles)



Trois lutins verts. Un troubadour avec sa flûte. Une sorcière ricanante. Le tout est confortablement installé à une table non loin. A côté de cette cour, l’œil curieux découvre une Blanche Neige souriante et étonnamment bien bâtie, sans son prince, mais entourée d’une pinte et de 7 petits nains.

Insolite scène de soirée d’été parisienne. 

Frayeur. A bien recompter, les nains ne sont pas sept, mais six. On se renseigne, on écoute les réponses : ha ok, on a paumé Grincheux. Dommage. Atchoum, visiblement très préoccupé, espère qu’il ne s’est pas fait embarquer sur la route pour tester le nouveau vaccin contre la grippe A. Les nains sont prévenants.


leçon  5 : déconne ne rime pas nécessairement avec excès de pression
Un quart d’heure passe. Grincheux arrive enfin, transpirant et se confondant en excuses. Le cortège aux oreilles pointues, peu revanchard, le salue comme un héros. Blanche Neige finit sa pinte, en recommande une autre tout comme ses sept plus proches acolytes. Un toast à la « santé des grandes oreilles » est porté. Une petite mamie (aux oreilles non pointues) passant par là dévisage la troupe et marmonne quelques « ronchonneries ». Interdit aux oreilles rondes, ben ouais, c’est comme ça.

Cocasse.

Après plusieurs rituels similaires, une agitation secoue bientôt le café. Prof veut s’occuper de payer la prochaine tournée, mais est incapable de se lever. Atchoum se refait une santé à la vodka. Dormeur, avachi sur sa chaise, songe lourdement à copier Atchoum. Timide s’éloigne du tumulte, l’air un peu gêné, un sachet à la main. Blanche Neige peine à finir sa pinte qui se dérobe sous ses doigts. Nouvel essai : esquive sur la droite. Encore raté.

Il est maintenant onze heures. Malgré son air patibulaire (mais presque), Grincheux reste le seul nain à peu près montrable. La chance du retardataire sans doute. Toute la maisonnée ou presque est pourtant « prête à remettre ça au prochain café » et s’empresse d’ailleurs de finir la tournée en cours. Non loin de là, Timide termine sa préparation à fumer, de quoi vraisemblablement lui donner un coup de fouet avant la prochaine escale.

Tristesse.

Les voyant lever leur verre, je me rappelle et constate la justesse des propos de la HALDE : effectivement, à Paris plus qu’ailleurs, les nains « trinquent ». Manque de moyens, peut être, manque de repères, c’est incontestable. Ils trinquent donc effectivement, mais pas autant pourtant que leurs voisins de tables, témoins de ce simulacre d’enterrement de vie de garçon.

Alors plus que jamais n’insistez pas, je n’enterrerai rien de cette manière. Question de respect dû au défunt. Et tant pis si je passe encore pour un grincheux.


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