droits de succession

Parmi tous les ensembles juridiques existants, c’est sans aucun doute le plus complexe, le plus fondamental…et le plus drôle. C’est pourtant lui qui, depuis mon mariage et pour les, allez, soyons optimistes, 50 années qui vont suivre, est destiné à assurer mes pas. D’ailleurs les représentants du pouvoir politique (par là j’entends par pouvoir aussi bien les sournois de droite que les gigolos de gauche, hein, pas de méprise) ont ressenti mon désarroi inconscient et se sont courageusement décidés, en plus des dernières avancées incroyables de ces dernières années, à me faire profiter de tout un tas de nouvelles merveilles législatives.

Il faut dire qu’ils me connaissent très bien. Déjà, pour mon mariage, ils avaient pris soin de me faire remarquer que cet acte n’était pas nécessaire à la constitution d’une « famille », non vraiment pas. Ils m’avaient bien rappelé que, dans tous les cas (article 310 du Code civil), les enfants à intervenir (éventuellement) seraient protégés de la même manière, que je pouvais assumer mon absence d’envie de m’engager officiellement sans en craindre de quelconque retombée pécuniaire néfaste pour eux. Au pire, je pouvais opter pour le PACS (article 515-1 et suivants), régime ultime permettant d’avoir, comme dit l’adage, le « plaisir sans les risques ».

Devant mon acharnement au classicisme, preuve d’un esprit de contradiction forcené malgré une ascendance « dans le mouv », ils s’étaient résignés à me laisser faire. Après tout, et parce que je n’étais pas hérétique, juif, catholique ou terroriste musulman, j’avais bien le droit d’idéaliser connement des notions désuètes et grabataires comme la tradition, la responsabilité assumée ou tout simplement…le choix subjectif !

Mais ils avaient souhaité, malgré tout et conformément à, assurer mes pas. Aussi, ils m’avaient alerté sur le fait que, par une réforme habile (article 242 du Code civil), le fait de briser un engagement de fidélité ne serait pas, en soi constitutif d’une faute. Enfin sauf à ce que ce manquement soit, alternativement ou cumulativement, « renouvelé » (cf : se faire gauler 4 fois avec la même nana ?) ou particulièrement « grave » (cf : la sodomie ?), faut pas déconner non plus.

J’ai donc pu m’engager, le plus sereinement possible (mais non sans étapes rocambolesques – voir articles associés), sur la voie du mariage.

Aujourd’hui, et alors que le statut de jeune marié a, pour reprendre une phrase formidablement juste, « l’extraordinaire génialité de ne rien changer », je sais que je peux encore compter sur mes amis hauts placés. La preuve, je n’ai encore rien demandé que se dessine déjà tout un tas de régimes juridiques visant à me permettre de limiter la casse dans la difficile opération de « succession » auxquels sont tôt ou tard confrontés tous les couples (pour des résultats très divers).

Déjà, je sais qu’avoir un gosse, ça n’est pas super important. Enfin bien moins que de porter une capote, ce sont les affiches qui le disent. D’ailleurs, avec le progrès, je pourrais continuer à porter une capote tout en m’assurant une descendance. Evidemment, il faudra pour ça que le parlement se dépêche un peu de légaliser le recours inconditionnel à la mère porteuse, car la France est en retard. A ce sujet, je ne saurais d’ailleurs trop conseiller de rapidement tirer un trait rouge sur le principe selon lequel les éléments du corps humain sont hors du commerce (article 16-1 du Code civil) : la moindre des choses en période de crise pour aider un couple qui souhaiterait investir dans le progrès.

Mais bon, si par malheur ma femme tombait enceinte, je sais que, grâce à l’argent du contribuable, je pourrais me consoler et envoyer ma femme au planning familial, où elle serait traitée comme une grosse conne patiemment écoutée. A condition de vouloir avorter, hein, évidemment.

D’ailleurs c’est très pratique, cette histoire d’avortement. Ca me rappelle un peu, dans mon domaine, le droit de rétractation offert aux consommateurs (article L121-20 du Code de la consommation). Ici (articles 2211-1 et suivants du Code de la santé publique), le consommateur ne dispose pas de 7 jours francs, mais de douze semaines. Le temps minimum pour avoir le temps de vérifier si le modèle plait aux parents sachant que, heureusement, l’avortement peut s’opérer de façon inconditionnelle, sans avoir à donner le moindre début de motif («  ma femme s’est fait violer », « ça va briser ma vie », « je la voulais jaune et bleue »). Génial donc, même si porter le délai à 30 semaines permettrait de vérifier si la coupe de cheveux est correcte.

Mais je sais qu’il pourra arriver, malgré toutes les mises en garde et les mesures de sécurité, que ma femme accouche. Pire, il pourra arriver qu’à partir de ce moment, quelque chose de petit, fripé et moche, avec un nez reconnaissable entre milles, se mette dans l’idée de me suivre. Et là ça ne va pas être drôle.

Pas drôle car à partir de ce moment, il faudra vraisemblablement que je me résolve à rentrer dans le moule, à arrêter de vouloir à tout pris faire comme je veux, et à, enfin, accepter de m’intégrer à l’identité nationale. Et je le ferai donc certainement, pour son bien. Car ce n’est pas bien compliqué, la charte de l’intégration, ça tient en quelques principes de bon sens à appliquer tendrement au bénéfice de sa progéniture :

- Renoncer à lui apprendre l’orthographe et la construction grammaticale, facteurs de désintégration, de « discrimination négative » : persévérer dans la voie trop rigoriste du formatage linguistique pouvant faire de lui la risée du collège voire le pénaliser au bac face à un jury pétri des valeurs fondamentales de l’égalité des chances, il faudra donc que je me résolve investir dans un dictionnaire chti-catalan. De là, je pourrai lui demander de choisir quatre syllabes de son choix pour manifester la faim, la fatigue, la joie et la table de huit l’amour de ses parents. Et tout ira bien, les conversations chiantes à table à base de « qu’as-tu fait aujourd’hui » s’en trouvant incommensurablement raccourcies.

- Renoncer toute idée de lui mettre une « patte au cul » : humiliant pour l’enfant, preuve de perte de contrôle de la part du parent. Pas faux, je me rappelle d’ailleurs que mon prof de Tae-Kwondo disait quelque chose de similaire lorsque je m’avançais un peu trop présomptueusement de ses grosses mimines. Ce sera donc une simple répétition de ma propre expérience : Tuiyo Yop Tchagui (coup de pied sauté circulaire) et incrustation fossilistique dans le mur d’en face. Aussi défoulant pour le parent mais beaucoup plus valorisant l’enfant, indéniablement.

- Lui offrir un I-Phone pour la classe : il ne faudra évidemment pas oublier de lui fournir la notice avec. Celle qui lui permettra de faire grève pour « non respect des directives de l’éducation nationale » quand son prof soporifique et sournois s’irritera en observant que son adorable apprenant prend son cours de maths pour une séance de high score au « serpent » alors que les directives sont claires :

Les politiques contemporains, c'est comme les préservatifs
(i) tu ne confisqueras point au-delà de la durée du cours.
(ii) tu laisseras l’enfant innocent passer  trois SMS par cours au nom du respect des télécommunications comme liberté fondamentale (CEDH, à venir).
(iii) en cas de problème, tu penseras à offrir des couilles  demander ta mutation à ton directeur de lycée.

- Lui proposer un poste de président de l’EPAD  (abrogé)

- Permettre à Nadine Morano d’installer chez moi une caméra qui lui permettra, dans le respect le plus strict des principes constitutionnels de liberté (article 1 DDHC) de bien vérifier, caméra à l’appui, que j’applique bien les principes précédents. Et en signe de bonne foi, installer ladite caméra dans un lieu adapté au pouvoir politique actuel et aux tendances libérationnistes ambiantes.

Aux chiottes donc, immanquablement. Quel autre lieu pour ce genre de successions ?

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